Dans cet article, Yidir Amer, docteur en linguistique et auteur prolifique bilingue (kabyle-français), nous livre, avec humour, la confession que c’est la faute à Tangalt s’il est devenu critique littéraire. De cette « faute » est né son dernier ouvrage, Romans kabyles du 21e siècle — Analyse et morceaux choisis, Tome 1, issu de ses critiques et analyses littéraires publiées dans nos pages depuis mai 2023. Une bonne nouvelle pour les lecteurs de Tangalt, qui retrouveront les articles de notre auteur rassemblés dans un livre, au-delà de l’écran. Un contributeur régulier a pu, à partir de ses travaux chez nous, bâtir un essai de critique littéraire consacré au roman kabyle — le deuxième du genre après celui de Nasserdine Aït-Ouali (L’écriture romanesque kabyle d’expression berbère, 2015).
Ce fait confirme que Tangalt a su offrir un espace réel à ses auteurs. Yidir n’est d’ailleurs pas le seul ; d’autres contributrices et contributeurs ont pu, grâce à Tangalt, enrichir leur parcours personnel, professionnel et universitaire à partir de leurs travaux publiés dans notre magazine. Quatre ans après sa création, Tangalt est aujourd’hui référencé par Google à l’échelle mondiale dans sa catégorie littéraire amazighe, ce qui permet de donner à la littérature kabyle une visibilité, voire une visibilisation, qu’elle mérite depuis longtemps. Nous ne pouvons qu’être satisfaits de ces initiatives. [Nacer Mouterfi]

 

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : c’est la faute à TANGALT. Un magazine littéraire amazigh en ligne fondé par un trio de choc composé de Mohand-Akli Salhi, Professeur de tamazight à l’Université de Tizi-Ouzou et romancier, Tahar Ould-Amar, journaliste et romancier, et Nacer Mouterfi, ex-journaliste, designer-développeur web, et responsable éditorial de Tangalt.

Au printemps 2023, on me sollicite pour collaborer à ce nouveau venu dans la sphère médiatique amazighe – il est lancé en octobre 2022 – et me voilà embarqué dans l’aventure. Si j’ai commencé par des poèmes et des nouvelles, j’en viens rapidement à me « spécialiser » dans la critique romanesque car l’émergence du roman constitue, à mes yeux, le fait le plus marquant de la scène littéraire kabyle du 20e et, surtout, du 21e siècle.
Dès la troisième chronique romanesque (Asikel de Tilyuna Su), ayant fixé le schéma de mes contributions (une partie « Analyse » et une partie « Morceaux choisis »), je forme le projet d’une réunion de ces travaux sous forme d’un ouvrage. On trouvera dans ce premier tome les chroniques publiées entre mai 2023 et juin 2025 ; l’avenir nous dira ce que contiendra le tome suivant.
À mi-chemin entre la critique académique et la chronique journalistique, ce travail est une photographie, incomplète et non-exhaustive, certes, du champ romanesque kabyle dans sa richesse et sa variété aussi bien au plan thématique qu’au niveau formel.
Si l’on s’intéresse aux profils des auteurs, le plus frappant c’est, sans conteste, l’émergence, ces dernières décennies, des femmes sur la scène romanesque. Seules trois d’entre elles figurent dans ce recueil ; y en aura-t-il davantage dans le tome 2 ? Nous verrons bien… Il faut dire que je ne peux me procurer les œuvres qu’au gré de mes retours en Algérie ; j’achète alors ce que je trouve, essentiellement dans les librairies de Bgayet.
Autre aspect remarquable : on rencontrera ici des vétérans tels Amar Mezdad ou Aumar u Lamara dont le talent et l’engagement ne sont plus à démontrer mais également de plus jeunes tels que le frère et la sœur Mhenni et Kaysa Khalifi, qui nous ont, hélas, tous les deux quittés trop prématurément… Deux générations, un même amour de la langue et de la littérature amazighes.
Si j’ai recouru à certaines « étiquettes » pour caractériser les différentes œuvres (roman urbain / roman rural, roman ethnographique, western, tragédie rurale, roman réaliste / roman fantastique…), il est évident que les romans étudiés ici ne sauraient se réduire à cela. Toute lecture reste personnelle et circonscrite dans le temps ; d’autres lecteurs que moi pourront certainement y trouver des aspects qui m’auront échappé ou que je n’ai pas abordés faute de temps. Quoi qu’il en soit, j’ai aimé toutes les œuvres que j’ai présentées au fil des mois dans TANGALT quand bien même il me serait arrivé d’émettre des réserves par-ci par-là, ce qui est, on l’admettra aisément, bien normal lorsqu’on s’adonne à la critique littéraire ou artistique, en général.
Ce travail m’a contraint pour la deuxième fois de ma carrière d’écrivain à différer la publication d’une œuvre. En effet, lorsque je fus contacté pour collaborer à TANGALT, j’étais occupé à avancer dans la rédaction de mon troisième roman en kabyle que j’ai dû abandonner pendant plusieurs mois pour me consacrer à mon nouveau rôle de critique littéraire.
À ma connaissance, le présent ouvrage n’est que le deuxième du genre, c’est-à-dire consacré exclusivement au roman kabyle, le premier étant celui publié en 2015 par Nasserdine Aït-Ouali : L’écriture romanesque kabyle d’expression berbère (1946-2014), L’Odyssée, Tizi-Ouzou : 2015.
Si je m’adresse au grand public en général, je vise plus particulièrement deux catégories :
– Les professeurs de tamazight qui pourront puiser dans l’ouvrage de quoi alimenter leurs cours de littérature amazighe.
– Et les lecteurs (francophones, arabophones ou autres) qui développent une espèce de blocage vis-à-vis de la chose écrite en tamazight, en espérant que mes modestes chroniques leur donneront envie de se plonger dans l’un des romans présentés ici et, pourquoi pas, dans d’autres qu’ils auront choisis eux-mêmes.
Une dernière chose : je n’ai jamais soufflé mot à personne quant à mon projet de publication et je me demande, mi-amusé, mi-inquiet, comment cette « surprise » sera reçue par les Trois Mousquetaires de la littérature kabyle qui portent à bras-le-corps le magazine nommé « TANGALT… ».

Idir AMER