Mariana Bendou, écrivaine et poétesse roumaine, qui contribue à la valorisation de la culture et de la littérature amazighes d’expression kabyle à travers le monde, et qui est derrière de nombreuses publications dans ce domaine, a bien voulu nous accorder aimablement cet entretien pour présenter son travail et nous parler de la manière dont elle intervient pour faire connaître notre culture à travers le monde. Nous lui en sommes gré.

Tangalt — Pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs et lectrices de Tangalt ?
Mariana Bendou : Je suis enseignante, écrivaine d’expression roumaine et en français, journaliste, critique littéraire, promotrice culturelle, traductrice en langue française, artiste visuelle, parolière de musique légère, épouse et mère. C’est moi qui ai apporté la littérature roumaine sur Facebook ! Née le 29 décembre 1962 à Onești, dans le département Bacău, Roumanie, j’ai fait mes premiers pas dans la littérature dès mon enfance avec de la poésie et de la prose, mais c’est à peine en 2009 que j’ai publié mon premier livre d’auteur, un recueil bilingue de poèmes, « Amour Amazigh / Dragoste de Om Liber », aux Éditions Karta.ro à Onești. Entre 2005 et 2009, j’ai développé le réseau littéraire international « Ronde francophone » sur le site Ning.com. J’ai publié des livres et fondé quatre revues culturelles internationales, dont la dernière est en ligne. Depuis plus de vingt ans, j’ai développé trois projets culturels personnels : « EXPRESIA IDEII » (publications et rencontres culturelles), « Chanson pour la Kabylie / Cântec pentru Cabilia » (médiation culturelle entre Kabylie et Roumanie par l’intermédiaire de la langue française) et « La Bibliothèque Mariana Bendou » (environ 1 000 exemplaires de livres, des magazines, des CD/DVD vidéo/audio, etc.)

Tangalt — Quelles sont les œuvres de Mariana Bendou ?
M. B. : J’ai écrit presque toutes sortes d’œuvres en langue roumaine : poésie, prose, théâtre pour adolescents, études et recherches, traductions, critique littéraire, etc. En ce qui concerne mon projet « Chanson pour la Kabylie / Cântec pentru Cabilia », entre autres (des expositions, des vidéos, des traductions bilingues, etc.), j’ai déjà publié les livres suivants : « Amour Amazigh / Dragoste de Om Liber » (des poésies en français et roumain sur la Kabylie), « Contes Kabyles / Basme cabile » (à l’aide du conteur Idir Fares — ce livre a reçu le plus grand prix et le trophée d’un Symposium International en Roumanie, en 2016), « Poésies pour mon mari / Poezii pentru soţul meu » (des vers romantiques bilingues), « Poezii pentru soţul meu / Poésies pour mon mari / tamedyazt i wergaz-iw » (édition trilingue : amazigh – français – roumain, à l’aide de la professeure Rachida Bensidhoum, licenciée en littérature amazighe, avec un épilogue du professeur Malek Houd), « DE UZ à OUZOU, au fil des eaux et de l’histoire / De la UZ la OUZOU… pe firul apei şi al istoriei » (des recherches personnelles sur les toponymes « UZ » en Roumanie et « OUZOU » en Kabylie), « Chanson de Kabylie / Cântec pentru Cabilia / Ccna n Tmurt n Leqbayel » (des vers en amazigh – français – roumain sur la Kabylie, avec l’aimable collaboration de quelques poètes kabyles), « Amar la moitié / Amar jumătatea » (un conte kabyle en amazigh – arabe – français – roumain, à l’aide du fameux conteur kabyle Idir Fares), « Mic dicţionar român – francez – tamazigh / Petit dictionnaire Roumain – Français – Amazigh / A segwazal a mezsyan ta romanit-fransist-tamaziqht » (à l’aide de Monsieur Hacène Sahki) et « Poésie kabyle contemporaine / Poezia cabiLă contemporană » (avec deux avant-propos, l’un de la professeure Alexandra Cretté de France et l’autre de la professeure Silvia Hodaş de Roumanie). Je suis, je crois, la première écrivaine roumaine à avoir fait connaître la langue, la vie et la civilisation kabyles en Roumanie à travers ses œuvres… Trois de mes livres sur la Kabylie ont été inclus dans le catalogue en ligne « 7001 livres » de Gérard Lambert-Bretagne, et Amar Benhamouche m’a accordé une entrevue pour le magazine Kabyle.com en 2005.

Tangalt — Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la culture et à la littérature kabyles ?
M. B. : Pendant les années 2009-2010, j’ai eu la possibilité de visiter deux fois l’Algérie, en particulier des endroits de la Grande Kabylie où j’ai passé quelque temps. J’ai presque toujours éprouvé un certain sentiment de « déjà-vu » et certaines ressemblances entre la culture, la vie et la civilisation kabyles et roumaines m’ont bien frappée. J’ai alors décidé de m’intéresser davantage à la Kabylie et à son merveilleux peuple, que j’ai découvert avoir d’anciennes racines communes avec le nôtre… En bref, je suis tombée amoureuse de la Kabylie, mais aussi d’un de ses fils !

Tangalt — Avec quels poètes kabyles avez-vous travaillé à ce jour ?
M. B. : J’ai eu l’honneur et la grande joie de travailler avec Hocine Louni, Rachida Bensidhoum, Hamid Slimane Hamid, Cheikh Lyazid, Ahcène Mariche, Malek Houd… Mais je suis ouverte à d’autres aussi !

Tangalt — Quelle évaluation faites-vous de la poésie kabyle contemporaine, tant du point de vue des thématiques que des structures ?
M. B. : Selon moi, on y trouve une poésie cérébrale, militante, profonde et très élaborée, accessible plutôt aux érudits, fraîche et délicieuse, vive et sensible, bien touchante — au contraire de la poésie roumaine actuelle, qui me semble souffrir d’une certaine inertie ou platitude… En bref, la poésie kabyle de nos jours s’affirme comme une voix forte et actuelle dans le paysage littéraire contemporain, abordant des sujets intemporels, avec une sensibilité moderne de plus en plus individuelle, en quête de nouvelles modalités d’expression.

Tangalt — Y voyez-vous des affinités avec la poésie roumaine ?
M. B. : Certainement non !

Tangalt — Votre dernière publication, si je ne m’abuse, porte le titre Poésie kabyle contemporaine. Pouvez-vous nous en parler ? Peut-on espérer la voir disponible en Algérie ?
M. B. : J’en ai déjà parlé plus haut. La poésie kabyle est vivante et émouvante, très difficile à traduire sans connaître le contexte social et historique de la Kabylie. C’est une poésie cérébrale, bien élaborée, parfois de manière cryptique… Les poètes kabyles sont des maîtres de la plume, des voix hautes et à part. Pas facile de trouver des correspondants ! Les poètes kabyles croient fermement en leur travail et l’assument pleinement. Ils ont du respect pour le lecteur et pour la lecture, ils connaissent bien la différence entre le mot et la parole… En ce qui concerne mon livre, oui, pourquoi pas ?!

Tangalt — Quel poète kabyle souhaiteriez-vous traduire ou adapter en langue roumaine ? Aït Menguellet, par exemple ?
M. B. : Lounis Aït Menguellet, ou « la voix éternelle de la poésie kabyle »… Ce serait un grand honneur ! Malheureusement, le fait de ne pas connaître la langue amazighe/kabyle est un grand obstacle pour moi. Je fais les traductions uniquement par l’intermédiaire de la langue française. Et ainsi, on perd des sens et de la saveur… Je me résous donc à traduire les poètes de nos jours qui s’expriment aussi en français. Voilà, j’espère finir la traduction roumaine du livre Di lǧǧera n wawal / Au fil des mots, signé par le poète Ait Slimane Hamid !

Tangalt Quels sont vos projets ?
M. B. : Il y en a assez… La traduction du livre ci-dessus, un recueil poétique kabyle féminin peut-être, d’autres traductions en roumain, encore des recherches historiques et ethnographiques kabyles… le tout dans le cadre de mon projet de médiation interculturelle « Chanson pour la Kabylie / Cântec pentru Cabilia » !

Tangalt — Le mot de la fin ?
M. B. : Un salut en vers pour les poètes kabyles :

À toi, poète berbère

Tu en as raison car ton écrit
Reste toujours l’état d’esprit
D’un peuple qui sourit amer,
Qui n’est pas barbare, qui est berbère !
Même si j’enseigne la géographie,
Je connais peu sur ce pays
Qui, à travers toute son histoire,
Cherche à garder ses racines noires
Au prix du sang et de toute souffrance…
Qui rêve sans cesse la délivrance !
Je te salue, poète berbère
Qui charme le monde avec tes vers,
Poète amazigh au cœur
Qui chante la joie et la douleur !

(© Mariana Bendou)

Entretien réalisé par Hamid Ait Slimane