À l’occasion de l’attribution du Prix Berbère Télévision, le 11 juillet dernier, je souhaite revenir sur la question de la lecture, de la sélection et de l’attribution du Prix.Préférer un texte par rapport à d’autres se fait selon des raisons précises et suivant les conditions qui imposent les termes, l’esprit et l’éthique de la sélection, du choix et de la préférence. Il est donc important de noter la multiplicité des cas. Parlons de quelques-uns.

Premier cas. L’esprit d’un choix guidé par l’objectif de réaliser une anthologie littéraire, plus spécifiquement romanesque, est généralement fixé en fonction de la qualité à la fois représentative et illustrative du texte choisi. La représentativité concerne le rapport de ce dernier avec l’écriture romanesque qu’il est censé représenter, au moins d’une manière panoramique. L’illustration, elle, touche à la mise en étalage, à partir de ce texte, de grands caractères de cette écriture. Le choix et la sélection d’un texte sont dans ce cas tributaires de sa qualité représentative et illustrative.
Deuxième cas. Préférer un texte sur un autre dans le but par exemple de l’enseigner c’est placer le degré élevé de sa fonctionnalité au pic des critères de sélection. C’est un choix fonctionnel permettant une opérabilité certaine en situation pédagogique. Le critère de la fonctionnalité se décline dans les facilités et les qualités que présente ce texte dans l’élaboration de l’information et sa communication aux apprenants.
Troisième cas. Aimer un roman, le louer et, éventuellement, en faire un modèle, un repère ou, tout au moins, un texte à recommander c’est le défendre presque d’une manière personnelle qui peut parfois trahir un penchant excessif, c’est le porter subjectivement au piédestal même si le langage employé paraît porteur d’une certaine objectivité. Le rapport est ici critique en ce sens que celui qui le choisit mobilise une intention, opte pour une posture et construit son jugement.
Quatrième cas (d’actualité). Mais élire un roman parmi d’autres, de surcroît dans un concours ou un prix littéraire, relève d’une autre logique. Cette dernière ne partage avec celles présentées plus haut que la présence des textes à lire. La tâche de sélectionner, parmi les textes en compétition, le roman estimé porteur de qualités qui le distingueraient des autres, est de nature toute différente. En effet, elle est, contrairement aux autres postures, naturellement collective, thématiquement focalisatrice et d’essence délibérative.
Par ailleurs, la lecture y est conditionnée par l’impérative mise en comparaison des textes admis au concours. La comparaison des textes, leur confrontation et parfois leur opposition, constituent la démarche de lecture. Cette dernière devient, implicitement ou explicitement, le fondement de la lecture, de la sélection et de la délibération.
Cet esprit comparatif est également soutenu par la position du roman sélectionné par rapport à la tradition d’écriture et au débat social. Les élargissements imaginatifs, les nouveautés procédurales, les audaces stylistiques et les engagements tant littéraires, philosophiques que sociaux y sont particulièrement appréciés et mis en valeur.
Ce ne sont là que quelques points indicatifs pouvant intéresser les gens qui se posent des questions sur l’acte de la lecture, de la sélection, de la valeur littéraire et de l’attribution d’un prix.

Mohand Akli Salhi