Le prix Nobel de littérature récompense des écrivains ayant créé des œuvres dans différents genres littéraires, voire philosophiques (romanciers, dramaturges, poètes, essayistes, philosophes). Nous inaugurons aujourd’hui une série sur les poètes ayant reçu ce prestigieux prix décerné par l’Académie suédoise. En voici une liste non exhaustive :

Sully Prudhomme (1901, France), Bjørnstjerne Bjørnson (1903, Norvège), Frédéric Mistral (1904, France), Giosuè Carducci (1906, Italie), Rabindranath Tagore (1913, Inde), Verner von Heidenstam (1916, Suède), Karl Adolph Gjellerup (1917, Danemark), Carl Spitteler (1919, Suisse), William Butler Yeats (1923, Irlande), Erik Axel Karlfeldt (1931, Suède), Gabriela Mistral (1945, Chili), T. S. Eliot (1948, Royaume-Uni / États-Unis), Juan Ramón Jiménez (1956, Espagne), Boris Pasternak (1958, URSS), Salvatore Quasimodo (1959, Italie), Saint-John Perse (1960, France), Giorgos Seferis (1963, Grèce), Nelly Sachs (1966, Allemagne / Suède), Pablo Neruda (1971, Chili), Harry Martinson (1974, Suède), Eugenio Montale (1975, Italie), Vicente Aleixandre (1977, Espagne), Odysséas Elýtis (1979, Grèce), Czesław Miłosz (1980, Pologne / États-Unis), Jaroslav Seifert (1984, Tchécoslovaquie), Joseph Brodsky (1987, Russie / États-Unis), Octavio Paz (1990, Mexique), Derek Walcott (1992, Sainte-Lucie), Seamus Heaney (1995, Irlande), Wisława Szymborska (1996, Pologne), Tomas Tranströmer (2011, Suède), Bob Dylan (2016, États-Unis), Louise Glück (2020, États-Unis).

Nous n’en aborderons que quelques-uns, ceux pour qui nous aurons eu un véritable coup de cœur, en tenant compte, le cas échéant, des questions juridiques liées à la propriété intellectuelle et aux droits d’auteur.

Si nous entamons cette série avec Frédéric Mistral, c’est naturellement pour la beauté de sa poésie mais également pour son engagement en faveur de la langue et de la culture provençale (et occitane, en général).

Il est né à Maillane, près d’Avignon (Bouches-du-Rhône), en 1830, et y est mort en 1914. Après des études de droit à l’Université d’Aix-en-Provence, il renonce à la carrière d’avocat pour retourner dans son terroir et se consacrer corps et âme à la poésie et à la cause provençale, sa langue et sa culture.

Il faut savoir qu’à cette époque, le provençal était pratiqué au quotidien par les populations de cette partie de la France qu’on appelle la Provence. En dehors du sud-est, la langue occitane se retrouve dans d’autres régions du Sud de l’Hexagone. Au passage, rappelons que c’est en occitan ou langue d’oc (par opposition à la langue d’oïl pratiquée, elle, dans la partie nord de la France) que les troubadours s’exprimaient, léguant au monde leurs poèmes magnifiques où ils chantaient l’amour courtois (fin’amor en occitan) au Moyen Âge : c’est un amour secret, souvent impossible et hors mariage, dans lequel le chevalier se soumet entièrement aux désirs de sa dame, qu’il considère comme sa suzeraine. Pour mériter ses faveurs, l’amant doit faire preuve de patience, de fidélité et accomplir des exploits chevaleresques, transformant ainsi la passion amoureuse en une quête de perfectionnement moral et spirituel.

En 1854, avec d’autres poètes, Mistral crée le Félibrige, une association littéraire qui s’est donné pour but de réhabiliter la langue provençale face à l’hégémonie du français et d’en fixer l’orthographe.

La reconnaissance de l’œuvre poétique de Frédéric Mistral commence véritablement avec son chef-d’œuvre Mirèio (Mireille) en 1859. C’est une grande épopée, à la manière d’Homère et de Virgile, en douze chants, qui raconte les amours contrariées entre Mireille et Vincent. Amours contrariées car la fille est issue d’une famille de riches propriétaires terriens alors que le garçon n’est qu’un pauvre vannier. Le drame qui se joue entre eux se déroule dans le contexte socioculturel de la Provence de l’époque dont Mistral dresse une fresque majestueuse. C’est pour cette œuvre qu’il a reçu le prix Nobel. Il faut savoir également que la célèbre épopée a donné lieu à un opéra de Gounod.

Nous pouvons citer d’autres œuvres importantes : Calendau en 1867, Les Îles d’Or en 1876 et Le Poème du Rhône en 1897.

Mais l’action de Mistral se déployait également sur d’autres plans. Dans le domaine de la recherche linguistique, il a élaboré le Dictionnaire provençal-français (1878-1886), qui reste une référence essentielle pour l’occitan. Dans le domaine culturel, on ne peut omettre de mentionner le Museon Arlaten (Musée d’Arles) en 1899, une véritable référence également pour le monde occitan, qu’il développa grâce à l’argent du prix Nobel en 1904. C’est un musée ethnographique où se trouvent exposés des costumes traditionnels, du mobilier, des bijoux ainsi que des outils et objets du quotidien.

Par Idir AMER