Le roman Tasrit tis tesεa (Éditions Talsa) vient d’obtenir les faveurs des cinq jurés du Prix Berbère Télévision de cette année, 2026. Il est écrit par le jeune Sid Ali Cherifi. Les quelques lignes qui suivent sont des passages traduits en français ; ils sont donnés ici à titre d’illustration de la qualité de ce texte :

« Entre le rêve avorté et la réalité amoindrie, les questionnements atteignent les cimes de l’éclaircissement, reviennent démultipliés… [entre-temps] une histoire, pas comme les autres, se crée (p. 21) ».
« À chaque arrêt du train, s’exile celui que tu étais, le personnage change dans les profondeurs de l’âme, tu te retrouves alors face à toi-même en train de te questionner : qu’es-tu ? (p. 26) ».
« J’ai allumé la première cigarette du paquet, j’entends le sifflement du vent à travers les persiennes de la fenêtre, il altère le rythme de ma musique, je me lève et ferme la fenêtre, je reviens à ma place, je digue mes oreilles avec la musique, et je reprends ma place. Je ne l’ai pas reçue en lettre, son destinateur ne l’a pas écrite, c’est moi qui la veux comme cela. Je l’ai écrite, je l’ai ouverte, je l’ai lue, je m’en réjouis. Advienne que pourra : une lettre, un roman, une nouvelle longue, des textes, qu’il soit même galimatias… (pp. 37-38) ».
« Entre l’obscurité et la volonté d’expliquer, la réalité m’impose d’entamer la musique à partir de la fin. Comment cela est-il possible ? Je me demande si la réalité céderait à ma volonté ou si je me perds dans mon chemin. (p. 56) ».
« Il s’est attaqué aux causes de sa douleur, il s’est rendu compte qu’il en est le seul responsable. Un serpent ne mord jamais une personne qui ne l’a pas suivi jusqu’à son trou. (…) Pourquoi alors il persiste à lier sa douleur à leur sclérose, à leurs traditions, à ce qu’ils considèrent comme licite ou illicite ? (p. 68) ».
« Le jeu de couleurs, le ton de la mesure et le mouvement de l’aiguille de la montre, s’ils arrivent à changer le rythme à l’intérieur de l’instant, ils deviendront les clés de l’explication secrète que cache le détournement du style (p. 107) ».
« Lui, il a connu la mort, il s’est ressuscité, moi, je suis encore cloîtré entre les murs. Qui est-il et qui suis-je ? En tout cas, c’est, entre autres, l’une des manières de se donner parfois la mort (p. 124) ».
« La peinture est également philosophie ; le regard posé sur un tableau ressemble au rapport entre le lecteur et l’auteur. L’aiguille de la montre les rassemble : l’oreille écoute, l’œil résiste au sommeil, la raison attend le temps en silence (p. 131) ».

Extraits traduits par Mohand Akli Salhi.