Après une longue absence, je mes suis rendue, cette semaine à Amkan n Wis d Acu-t. Dans cet univers où rien n’est impossible j’avais, cette fois-ci, rencontre les drapeaux, fanions et emblèmes du monde entier. Ils semblaient en fête. Ils riaient aux éclats. J’étais étonnée de n’y avoir pas vu l’emblème amazigh et le drapeau DZ.
Je me rapproche des drapeaux
Tangalt: Azul fell-awen !
Drapeau Blanc : Azuuuul Tangalt, me répond un drapeau blanc
Tangalt: Je vous observais, de puis tout à l’heure et j’étais surprise par les éclats de rires, la joie, le sentiment de fraternité… que vous semblez incarner naturellement. J’étais tout particulièrement surprise de voir le Palestinien et l’Israélien rire aux larmes.
B : Là, nous sommes libres, des idées libres. Pas de porte-étendards calculateurs.
Tangalt : J’ai toujours voulu savoir ce que vous ressentez lorsque vous flottez.
B : Tout dépend, si nous flottons de notre propre gré ou lorsque nous sommes portés par une ou des personnes.
Tangalt : Lorsque vous flottez par vous-même.
B : Nous nous sentons comme l’albatros. Nous sentons le souffle de l’air. Nous ne sommes pas juste un morceau de tissu, nous devenons un élément de la nature : le soleil nous caresse, la pluie nous nettoie, le vent nous berce.
Tangalt : Et lorsque vous êtes portés par une personne ?
B : Ça dépend.
Tangalt : Comment ça ?
B : Lorsque cette personne, comme toi, nous respecte, ne nous instrumentalise pas et elle nous porte pour dire son espoir, là nous sommes les plus heureux des emblèmes et savons que nous sommes entre de bonnes mains.
Tangalt : L’autre personne ?
B :Elle ne fait rien pour rien. Entre ses mains, nous devenons un outil politique qu’il agite pour exclure l’autre, l’invectiver, le diaboliser, lui signifier qu’il est persona non grata, s’il ne s’aligne pas et n’obéit pas au doigt et à l’œil du porte étendard .
Tangalt : Qu’est-ce un drapeau au juste ?
B : une idée. je suis censé exister pour être le témoin d’une joie partagée par tous, d’une victoire sur l’injustice, d’une libération… et c’est alors que je me sens le plus heureux des drapeaux, je me sens léger car porté par l’espoir. Parfois hélas, je suis brandi dans la colère et devient prétexte de division. Là, je suis triste, je ne veux même pas exister.
Tangalt : Je n’ai pas vu l’emblème amazigh et le drapeau DZ.
B : Ils sont en conclave depuis quelques jours. Ils doivent se réconcilier, la cécité a trop duré.
Tangalt : Je n’ai pas compris.
B :Ils doivent comprendre que l’un n’existe pas sans l’autre, que l’un est le prolongement de l’autre. L’un est la synthèse de l’autre qui représente la terre, l’histoire et la mémoire.
Tahar Ould Amar