« On ne peut se guérir d’un traumatisme par refoulement (…) Notre enseignement n’a pas décolonisé l’histoire, il en a fait seulement le miroir inversé de l’histoire coloniale (…) L’histoire ne peut être ni une addition, ni un entrecroisement de mémoires. Et si on la réduit à cela, on perpétue ce qu’on veut guérir, les traumatismes de l’autre et les incompréhensions. » Mohammed Harbi, dans « Algérie-Actualité » du 2 avril 1992.
Celui qui parlait ainsi vient de nous quitter aujourd’hui.
Triste nouvelle. Paix à son âme. Mohammed Harbi, un révolutionnaire patriote. Un universitaire, à la fois lucide, professionnel et engagé. « Révolution africaine », l’ORP, la prison, l’exil et une riche production de recherche historique. Un parcours riche et flamboyant. Je me souviens d’une déclaration de lui en 1993 (interview à « Algérie-Actualité ») où il critiquait la politique du président du HCE, Ali Kafi. Le journaliste lui rappela que Kafi était pourtant son oncle maternel. Et Harbi de rétorquer : « et puis après ?! La politique et la filiation ne sont pas la même chose ».
J’étais au Service national, en 1986, lorsque je découvris son livre « FLN, mirage et réalité » dans la bibliothèque. Le livre n’était pas commercialisé en Algérie. On ne pouvait pas le faire sortir de la bibliothèque pour le photocopier. Il me restait une seule chose à faire : le transcrire au stylo. C’est ce que je fis. Chaque jour, j’en copiais 10 à 15 pages jusqu’à… la quille ! J’estime qu’il a traité de la meilleure manière qui soit – en conjuguant les approches historique, sociologique et géographique – ce que nous appelons communément la « Crise berbériste » au sein du mouvement national en 1948-49. Il a développé avec la même rigueur l’histoire du PCA et du MTLD. Tous les ouvrages qui ont suivi jusqu’à ses Mémoires, confirment l’intégrité intellectuelle et l’engagement patriotique du fils d’El Harrouch. Ils ne sont pas nombreux ceux qui, parmi les acteurs de la révolution, étaient à même de développer, sans biais cognitif, cette lucidité et cet esprit d’analyse de Harbi, portant sur l’objet même de sa passion et de son combat, l’Algérie.
Amar Naït Messaoud