Les Éditions l’Odyssée continuent d’enrichir la bibliothèque par des publications de qualité. Elles reviennent ces derniers jours avec l’ouvrage tant attendu de Said Chemakh, judicieusement intitulé Écrits didactiques sur la berbérité (avec un titre parallèle en kabyle : Arraten isnalmuden ɣef timmuzɣa). Comme l’indique si bien son sous-titre, cet ouvrage constitue l’assemblage d’une partie des écrits de cet auteur. Ce sont ses écrits publiés ici et là de 1988 à 2005.

Composé d’études sur la langue et la littérature, de comptes rendus de lecture et de réflexions sur la culture en relation avec des événements importants et récents de la berbérité, cet ouvrage met à disposition des lecteurs une documentation située historiquement qui permet un regard circonstancié sur ces événements et, plus généralement, sur l’histoire de la culture amazighe, principalement kabyle.

La publication de ce livre est aussi bonne nouvelle qu’heureuse initiative. Mis au frigo depuis longtemps, ce beau cocktail de textes arrive enfin entre les mains des lecteurs et apporte une information qui n’a pris aucune ride car elle est fine, de première main et toujours d’actualité.

L’information proposée par l’auteur de cet ouvrage est intéressante à plusieurs égards. Qu’elle soit littéraire, culturelle ou politique, elle est construite par un acteur avisé, impliqué, témoin et fin observateur, parce qu’elle est proposée à partir d’une observation très rapprochée des faits et des actions. Même si elle est écrite depuis longtemps, elle garde toute sa pertinence.

Les textes abordant la littérature sont, à titre d’illustration, d’une richesse telle qu’ils constituent des jalons historiques indéniables ; ils ont même inauguré des réflexions qui, en s’appuyant sur eux soit d’une manière claire soit d’une manière silencieuse, ont approfondi l’étude des thèmes traités. À ce propos, le mérite de Said Chemakh ne doit pas passer sous silence. Même s’il les a publiés dans des organes pour la plupart marginaux et manquant de visibilité, ses textes ont, à l’époque de leur publication, constitué des tournants importants dans l’étude de la littérature kabyle. Il faut notamment penser aux textes consacrés aux conditions de création de la littérature kabyle, à l’œuvre de Mohia.

Par ailleurs, Said Chemakh est critique littéraire de la première heure. Ses lectures sont porteuses de regards qui permettent d’introduire les lecteurs dans l’univers de la littérature kabyle. Les lectures qu’il propose du recueil de nouvelles de Mezdad, du premier roman de Brahim Tazaghart et de la poésie de Matoub étaient (et le sont encore) des fenêtres superbement ouvertes aussi bien sur ces auteurs que sur la littérature kabyle.

En somme, un ouvrage qui vient occuper la place restée vide dans la bibliothèque depuis longtemps. Comme le dit si bien l’adage : il n’est jamais trop tard pour bien faire. Bienvenue à ces écrits didactiques sur la berbérité. Et merci aux Éditions l’Odyssée.

Mohand Akli Salhi