Après son premier livre, Tudert-iw, traduction de Histoire de ma vie de Fadhma At Amrouche, Ahmed Ait Bachir signe un second ouvrage : Tidak n tejmast. Timkudin tiseklanin.
Publié par les Éditions Kabyle, maison d’édition nouvellement créée, ce livre se distingue par une originalité remarquable : il figure l’image de la frontière entre tradition et modernité. La frontière est une ligne qui sépare aussi bien qu’unit, un tracé qui limite et qu’on enjambe. Ce livre reprend une forme traditionnelle, venue du fond des siècles, pour contenir des histoires globalement contemporaines de l’auteur.

L’ouvrage propose de petites narrations agréables à lire. Une bonne partie d’entre elles fait de l’humour l’un des registres investis. Ces 250 petits récits, de volume variable, illustrent d’une manière quasi générale une structure narrative typique.
En plus de la préface et de la présentation, cinq parties composent ce livre. Ce dernier repose d’une manière opportune la problématique de la définition et de la catégorisation des récits kabyles, aussi bien traditionnels que modernes. En faisant suite notamment au recueil de Moulieras, de celui de Bensedira et notamment au grand Mohya, ce recueil de textes de forme ancienne et de contenu plutôt actuel présente plusieurs intérêts. Le premier est au niveau de la recherche qui consiste à s’interroger sur l’essence de ces récits ; le second est relatif à la contemporanéité de plusieurs textes et leur relation avec la réalité.
Par ailleurs, le lecteur découvrira avec bonheur, notamment dans la première partie du livre, que Buhu est tantôt ami de l’auteur, tantôt un dépositaire de récits, tantôt un narrateur, tantôt une personne à qui on attribue la responsabilité de la narration, et tantôt un personnage.
Les récits sont construits à partir de mises en relation avec la réalité contemporaine. Presque tous présentent une tendance à un registre fait de focalisations sur les faits racontés, mais largement enrobés dans un humour et/ou une satire.
À un autre niveau, ce livre interpelle grandement ceux et celles qui font de la question du genre et de la littérarité leur intérêt intellectuel. En effet, il propose un matériau remarquable pour renouveler la problématique des genres du récit en kabyle. À ce titre, tout le mérite revient à Ahmed Ait Bachir d’avoir pensé à ce type d’histoires.
Un livre à lire, à évaluer pour la littérarité des récits et à exploiter dans l’enseignement de la langue, de la littérature et de la culture.

Mohand Akli Salhi