L’ouvrage de Djamel Laceb, L’art et la manière. De l’art en général et de la poésie kabyle en particulier, publié aux Éditions Frantz Fanon (2025), conçu comme un essai, aborde la question, épineuse et combien complexe, de l’identité de l’art. Élaboré en discussions multiples à partir de la trajectoire et de la culture de l’auteur et en alternant le général (l’art dans ses aspects universels) avec le particulier (la déclinaison kabyle de l’art, avec focalisation notamment sur la poésie), cet ouvrage pose un ensemble d’interrogations nécessaires à la compréhension de l’art. Ces interrogations sont nombreuses ; elles touchent à de multiples facettes de l’art en général et de la poésie en particulier.

Les thèmes des questions soulevées sont nombreux ; ils se croisent de telle sorte qu’ils forment un bloc uni justifiant le projet du livre. Parmi les questions les plus importantes, je ne peux passer sous silence celles notées dans ce compte rendu. En donnant l’occasion à l’auteur de décliner sa vision, elles engagent le débat sur l’art en général et sur la poésie kabyle en particulier tout en soumettant la pertinence de cette dernière à discussion. Cela nous permettra de sortir, le temps de la lecture et du débat sur les propositions de Djamel Laceb sur la question traitée, de la sphère de morosité ambiante.
La première question (pp. 22-23) est relative à la légitimité de l’auteur à aborder le sujet, complexe, de l’art. Étant d’essence philosophique, ce thème est justifiable de tous les profils et de toutes les postures. Aucune autorisation n’est requise pour en parler. Et un essai, le genre est bien choisi, ne peut qu’apporter des éléments à un débat sur un point intéressant la culture, la philosophie et la réflexion.
La deuxième question est conçue dans cet essai (p. 31 reprise p. 69) comme une première approche de l’objet traité : la question de la liberté de l’artiste (poète). Question centrale car elle est déterminante à la fois de ce que doit faire un artiste (p. 48) et de l’essence de son art. Doit-il se contenter de décrire les faits, de mettre à nu ce qui lui semble discutable ou contester l’ordre des choses ? Cette question est à mettre en relation avec la fonction de la poésie (p. 56).
Une troisième question a trait à la relation de la technique avec la création et la créativité (p. 69, 79). Elle est mise en relation multiple avec la liberté créative et la capacité de l’artiste ou du poète à renouveler les procédés de la création. Cette mise en relation peut également engager aussi bien la fonction communicative de l’art (p. 93) que la capacité de théorisation de l’art (p. 73) comme stratégie de maintien d’une conception artistique (qu’elle soit politique, idéologique et/ou esthétique).
Les discussions développées à propos des questions précédentes ne peuvent faire l’économie de l’interrogation centrale qui touche aux critères définissant l’art (pp. 134-136). À ce niveau, l’auteur fait appel à Marcel Duchamp, artiste à la fois libre de toute chapelle artistique et révolutionnaire dans ses créations. Les discussions menées concernant ces critères ont abordé l’art comme technique, comme beauté et comme émotion. La synthèse de tout cela ne peut qu’élargir la perspective artistique à la notion de beauté artistique (p. 165). Notion complexe, car d’essence relationnelle entre l’esthétique et l’éthique, elle est traitée tour à tour sous l’angle de l’imitation, de l’émerveillement, du dépassement et de l’émotion (pp. 164-197). Ce qui est frappant (même si dans le détail, le débat est plus long que nécessaire), c’est que cette notion de beauté artistique fait écho à celle de liberté artistique abordée au début de l’ouvrage.
Toutes ces questions traitées dans le livre de Djamel Laceb (et bien d’autres), méritent d’être lues et discutées.

Mohand Akli Salhi