Le nouveau champ littéraire, qualifiable de kabyle, est en construction. Il a ses propres caractéristiques aussi bien de fonctionnement que de structuration. Le propos sur ce qui donne existence et consistance à ce champ exige temps, espace et patience. Ce qui manque précisément dans le cadre de ce petit texte. Ce dernier tente d’aborder uniquement et d’une manière vraiment rapide la question des querelles en relation avec les prix littéraires.
Ces querelles se produisent principalement entre les écrivaines et écrivains. Ces derniers sont soutenus par leurs réseaux respectifs d’amis, virtuels en grande partie. Ces querelles prennent la forme de polémiques, où jalousie, attaque, insulte et parfois mépris sont généralement les procédés les plus utilisés. Ces polémiques sont-elles aussi stériles qu’on le laisse entendre ? Ce n’est pas vraiment certain.
Ces polémiques se tiennent, pour le cas kabyle, totalement après la déclaration du lauréat du prix. Jamais avant. Ce qui dénote que l’attribution du prix constitue en elle-même le point focal et l’occasion qui favorise les réactions, somme toute négatives. Elles tournent généralement autour de la composante de la commission de lecture, des profils et du nombre de ses membres, du choix du texte primé (quasi généralement sans aucune discussion ni analytique ni critique des qualités textuelles, stylistiques ou autres de l’œuvre élue). Les échanges entre partisans et adversaires se font en focalisant le regard sur les éléments secondaires.
Malgré tout cela, ces polémiques ne sont pas aussi stériles qu’on le laisse entendre. Le premier intérêt, il faut le chercher dans l’émergence du champ littéraire kabyle avec les tensions qui le traversent et sa constitution en champ plus ou moins autonome par rapport aux champs littéraires mieux dotés en termes de symbolique. Par ailleurs, cela démontre aussi la vitalité de ce champ même s’il est plus connu par son invisibilité.
Ces polémiques sont aussi des moments où on peut observer les tensions qui traversent le champ littéraire. Elles sont des indicateurs intéressants sur les positions et les positionnements des écrivains et écrivaines. Il y a lieu de noter que les critiques, principalement les universitaires, sont les grands absents dans ce débat qui ne se tient pas d’une manière sereine.
Ces polémiques ont besoin de temps et d’expression, suffisamment élaborée pour permettre aux observateurs de mieux voir les positions et les positionnements des uns et des autres dans le champ littéraire.
Une question à suivre
Mohand Akli Salhi