La 5e édition du Salon du livre amazigh de Ouacif (SLAO) a, pour paraphraser un confrère, pris de l’altitude. En effet, l’unique rendez-vous annuel exclusivement consacré au livre amazigh a pris ses quartiers, du 30 septembre au 3 octobre, à At Rgan, un village culminant à 1 200 m et relevant de la commune d’Agni Geghran, l’humus de Slimane Azem.

Le contenu
Près de deux cents invités (auteurs et éditeurs) ont été accueillis à At Rgan. Ventes-dédicaces, ateliers, conférences, table ronde et poésie ont été retenus à l’ordre du jour du SLAO. Les enfants n’ont pas été en reste, puisqu’ils ont eu droit à des moments de bonheur.
Les conférences, activités phares du SLAO, ont drainé un public masculin, pluriel, jeunes et vieux. La qualité des conférenciers, et donc des conférences, est la marque de fabrique du SLAO. Les thématiques abordées, loin d’être élitistes, empruntent la langue du public et évoquent, le plus souvent, ses préoccupations. Ainsi, il a été question de : « Tajmaɛt » (l’agora kabyle) et « Tala » (la fontaine), conférence coanimée par Cherifa Bilelk et Azeddine Kinzi ; « L’entrepreneuriat féminin en milieu rural » (animée par Achour Benkerrou) ; « Les déportés algériens » (animée par Hadj Ali Mustapha) ; « Cheikh Aheddad et la révolte de 1871 » (animée par Ali Batache) ; « La langue amazighe dans la communication : la presse écrite comme exemple » (animée par Aomer Oulamara) et « Deux piliers de la poésie : Benmohamed et Lounis Aït Menguellet » (animée par Allaoua Rabehi et Mohamed Djellaoui).

L’itinérance
À souligner que, depuis sa deuxième édition, le SLAO a opté pour l’itinérance. Une mobilité qui, d’une part, permet de désenclaver le village hôte et, d’autre part, rapproche le livre, les auteurs et les autres activités périphériques des villageois, le plus souvent mal lotis en matière de culture. Effectivement, les villages de Haute Kabylie (mais pas que) souffrent d’une aridité culturelle à laquelle fait face, tant bien que mal, l’engagement désintéressé du tissu associatif.

Dynamiser le tourisme
Un autre aspect positif, et pas des moindres, a été relevé dès la 2e édition, tenue à At Aggad : un potentiel touristique réel n’attend qu’à être dynamisé. Lors de cette même édition, des invité(e)s venu(e)s d’autres wilayas sont tombé(e)s sous le charme d’un beau village niché au pied du Djurdjura. Ces mêmes invité(e)s ont pris connaissance de l’existence de quelques maisons d’hôtes. Du coup, ils ont pris note et, depuis, se permettent une escapade de temps à autre dans un environnement sain et, surtout, sans… wifi.
Il en sera sans doute de même s’agissant d’At Rgan, un village aussi envoûtant et reposant que l’est At Aggad. Voilà donc une dynamique touristique qui fait son petit bout de chemin et qui, sans aucun doute, ira crescendo.

Une équipe, un Salon
Le Salon du livre amazigh de Ouacif, initié par la défunte association Lhadj Lmexttar Nat Sayd, doit son « accomplissement » à une équipe de choc. Tous et toutes engagé(e)s et désintéressé(e)s, ils ne lésinent sur aucun moyen, intellectuel surtout, pour arrimer à bon port le Salon. Il ne pouvait en être autrement lorsque l’on sait que toutes et tous sont engagé(e)s sur le terrain culturel et épris(es) du livre. Cette cinquième édition a enregistré deux « absences » physiques : Abdenour Hadj Said et Djamel Laceb, que la 6e édition attend en meilleure forme et avec ces idées dont eux seuls ont le secret.
Une jeune battante prénommée Messika, et non moins présidente de l’Association Tarrwa Nat Rgan (partenaire de l’Association des amis du livre amazigh), a été sur tous les fronts pour apporter sa pierre, une grosse pierre, au SLAO. Belle image vue à At Rgan : tout un comité de village derrière une jeune demoiselle. Société patriarcale, dites-vous ? Vive le bon sens qui progresse !

Tahar Ould Amar