Mon opinion dans cet article portera sur le feuilleton intitulé Tawenza n lḥif, d’une trentaine d’épisodes que diffuse la Télévision algérienne dans sa version en tamazight TV4, durant ce mois de ramadhan 2026, réalisé par Mahdi Tassabast, dont le scénario est de Sidali Nait Kaci.
Comme le souligne clairement le titre, le feuilleton décrit la(les) condition(s) sociale(s), surtout de la femme, sur la toile de fond des injustices et des codes sociaux. Et la dame, vêtue de robe kabyle et du burnous blanc, sillonnant le village tout au long du générique, offrait, à mon sens, une forte symbolique picturale de la tradition et de l’honneur en Kabylie. Je ne parlerai pas de la production cinématographique, mais en tant que consommateur, spectateur de ce film…
Nous sommes au 17e épisode, et je les ai suivis avec intérêt. Ils reflètent les turbulences dans notre société en général, à une époque très récente. D’aucuns ne sauraient rater la réplique de Dehbiyya n Ali, interprétée par Soraya Bessadi, cheffe des commérages au village :
« tassaat-agi aṭas n lecɣal i yi-yettṛaǧun, ttɣawaleɣ, aql-i ar da ! »
(… en ce moment, beaucoup de choses m’attendent, je suis pressée et occupée jusqu’au cou — le menton levé, joint par l’index et le pouce écartés).
Le scénariste Sidali Nait Kaci, connu pour ses textes dans le théâtre radiophonique, le cinéma et la chanson en kabyle, arpente dans ce feuilleton les péripéties rurales et citadines dans une langue accessible et claire. Il nous a confrontés, par des va-et-vient, à ces deux réalités, somme toute distinctes et distantes, dont les conséquences sont similaires et manifestes. La société se ronge alors de l’intérieur… et les relations sociales se fragilisent.
Entre naïveté et malice, entre convoitise, envie et commérage, les valeureux acteurs et actrices — entre autres Mohamed Lefkir, Nawel Djadda, Malek Fellag, Faudhil Hamla et Djedjiga Makhmoukhen — nous ont fait voyager, voire fait rire et pleurer, ou tenus en haleine par moments. Par exemple, ces deux derniers, incarnant un couple paisible et heureux de villageois sans enfants, subissaient la jalousie de leurs grandes familles et la pression des codes sociaux, due à leur infertilité. Une autre réalité sociale, des fléaux tout aussi néfastes, est vécue en ville : incrustée de corruption, de chômage, de violence, de drogues et de vols, elle nourrit le registre des incivilités. Dans ces milieux, une certaine jeunesse a réussi quand même à y tourner le dos et à s’en préserver. Elle a accepté de se faire accompagner, voire guider, par le théâtre, le travail et les études pour réussir sa vie.
Dans ce scénario, trône majestueusement la femme au sens large. Elle y a exprimé, par des mots forts et des attitudes poignantes et courageuses, sa vulnérabilité et sa précarité, sa résistance, son engagement et aussi sa propre projection dans la société. Entre peu et prou, la femme y défend son honneur et ses valeurs. Elle s’y impose et prend sa place. Elle y réussit. Le contraste mis en avant — ville versus village — ne change en rien sa condition ; puisqu’elle fait déjà beaucoup pour les autres, voire des sacrifices… sachant qu’elle mérite mieux.
Dans cette même société, les hommes par contre, jeunes et moins jeunes, sont aussi sujets à des tentations de naviguer dans des vices qui n’épargnent personne, ni son milieu de vie, ni son statut social. En répondant à une question, le sage Lounès, alors pensionnaire de la maison de vieillesse, résume ainsi l’injustice familiale qu’il a subie :
« (Nacira) — Ur iyi-d-tenniḍ ara acu i k-id-yessawḍen ɣer dagi ? (Lounès)
— … d zzɛaf n uḍeggal d wurrif n gma ! »
(— Qu’est-ce qui t’a amené ici ?
— … c’est la mésentente avec le gendre et la colère de mon frère !).
Et Mḥend, au sujet du commérage, avertit :
« … ɣur-m ad tɣelḍeḍ, d gma ayen. Ma wwten deg-s medden, ddiɣ… »
(… détrompe-toi, il s’agit de mon frère. Si on le blâme, j’en fais partie… ).
Anis, quant à lui, affirme :
« … D tidett, yeqwa wenǧaɛ… I wakken ad yekfu wannect-agi, ilaq ad kfunt tismin, ddɣel, ger twaculin, ger watmaten, akken ad yekfu weɣbel-agi n tlisa. »
(… c’est la vérité, beaucoup y provoquent la querelle… Pour mettre un terme à tout cela, il faut en finir avec la jalousie et l’envie, entre familles et au sein de la fratrie, pour ne plus s’inquiéter des bornes des terrains).
De mon point de vue, ce feuilleton est une sonnette d’alarme pour mieux éclairer une société précaire, portée sous une forte inertie par l’onde de la modernité et de la mondialisation, et par les conflits locaux et mondiaux. Certes les sciences, le droit et la technologie ont facilité le quotidien de l’homme ; hélas, ce dernier n’a pas dépassé, aujourd’hui, le QI sapiens au carré, ni en sagesse ni en rationalité… Il reste à l’homme beaucoup à faire pour éveiller les consciences.
Nnaser Uqemmum