L’expression kabyle « yekker i wedrar s tqabact »(il s’est attaqué à la montagne avec une bêche) est convoquée toutes les fois que l’on veut souligner, sur fond de gouaille, que telle ou telle entreprise en perspective est impossible à faire aboutir. Et pourtant, les jeunes de Acir (ancien nom de At Leqser) y sont parvenus. Ils ont aplani adrar avec pour seules armes : résilience et détermination. Ni le soleil de plomb ni, encore moins, l’inertie de l’autorité culturelle, cette partisane du moindre effort, n’avaient eu raison de la ténacité de l’association Tiẓrigin Amaziɣ.
L’association a réussi un deux-en-un, trois jours durant : un Salon du livre (qui en est à sa 3e édition) et la 6e édition du festival de la poésie au terme duquel trois lauréats ont été primés. Derrière cette réussite, car c’en est une, quelques noms impliqués dans la chose culturelle : Massi Rezig (l’infatigable président de l’association), Kaci Sadi, l’universitaire conscient que le désenclavement passe par l’action culturelle, Amar Ouali, aux aguets du moindre couac, Ali Menas, le poète souriant, Cherif Menas, Farida Bakir, Hemar Boudjemaa et les autres qui, telles des abeilles, butinent çà et là. Mais s’il faut retenir une image, une seule, pour dire la détermination et l’élan de générosité des jeunes de Acir, nous retiendrons cette image de Massi (le président de l’association) discutant avec son papa (lui aussi impliqué) à propos de tel ou tel souci survenu. Belle image de passation et de transmission entre deux générations.
Le salon du livre a enregistré la participation de quelques auteur(e)s dont Liza Serik (nominée au Prix Mohamed Dib 2025), Rachid Oulebsir, Chouimet Ali, Djellaoui Mohamed, Djilali Amrani (nominé au Prix Mohamed Dib 2025), Farida Sahoui, Ferroudja Ousmer, Malek Houd et Ahmed Belkessam.
À la périphérie de l’exposition livresque et des ventes-dédicaces, la grande salle de la maison des jeunes Khitous Hamou a été le réceptacle des conférenciers et du public venu les écouter et échanger avec eux. Ainsi, l’universitaire Achir Nacira présentera une facette inconnue de Sadaoui Salah : la dimension théâtrale dans l’interprétation de ses chansons. Rachid Oulebsir parlera de « La sauvegarde du patrimoine ». Abdelaziz Dourari s’étendra à propos de Tamazight et des nouvelles technologies. Amine Zaoui donnera son appréciation au sujet de « Lire et écrire en Algérie d’aujourd’hui ». Hamid Bilek communiquera à propos du « statut social du poète et de son impact ». Le professeur Hamid Bouhbib traitera de « L’oralité et la poésie populaire en Algérie ». Dr Bouizeri Said essaiera d’établir le lien entre « la poésie et les traditions kabyles ». Dr Ali Zaidi optera pour le thème « Tamazight, patrimoine et nouvelles technologies ».
Le festival de poésie s’achèvera après déclamations devant un public qui ne cesse d’en demander et un jury composé de Djellaoui Mohamed, Hamid Bouhbib et Kaci Sadi (tous les trois universitaires). Les textes étant de haute facture, il n’a pas été facile pour le jury d’en dégager les trois lauréats. Cela étant, les trois primés de la 6e édition seront appelés au perchoir. Il s’agit de : Benhamouche Senouci (premier prix), Zaknoun Hocine (deuxième prix) et Rachid Oulebsir (troisième prix).
C’est avec le sentiment d’une mission accomplie et l’ambition de faire mieux à la prochaine édition que la double activité de At Leqser prendra fin.
Tahar Ould Amar