Belkacem Ould Mokhtar Hadjail est un écrivain, historien et pédagogue algérien, originaire de la wilaya de Mascara. Après une longue carrière au sein du ministère de l’Éducation nationale, au cours de laquelle il a notamment exercé les fonctions d’inspecteur de l’Éducation et de la Formation, il s’est pleinement consacré à la recherche historique et à l’écriture.
Auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire de l’Algérie et à la mémoire nationale, il s’attache à revisiter les grandes pages de la période coloniale tout en mettant en lumière les hommes, les lieux et les traditions qui ont façonné l’identité algérienne. Son ouvrage Bilan de la France coloniale en Algérie (1830-1962) s’inscrit dans cette démarche, en proposant une analyse documentée des conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles de la colonisation française.

Parallèlement à ses recherches historiques, Belkacem Hadjail manifeste un profond intérêt pour le patrimoine immatériel de sa région natale. À travers des ouvrages tels que Légendes de rois, il recueille et transmet des récits issus de la tradition orale, contribuant ainsi à préserver une mémoire populaire menacée par l’oubli.
Sa bibliographie est particulièrement riche. Parmi ses principales publications figurent notamment : La région de Mascara au temps des Romains, Mascara dans la Préhistoire, Mascara : histoire des toponymes, Les crimes de la France en Algérie (1830-1962), Histoire du football dans la wilaya de Mascara (1911-1953) et Mostaganem : histoire des toponymes. Chacun de ces ouvrages contribue à enrichir la connaissance de l’histoire locale et nationale.
Le parcours de Belkacem Ould Mokhtar Hadjail illustre l’engagement d’un homme de culture profondément convaincu que la connaissance de l’histoire et la sauvegarde du patrimoine constituent des piliers essentiels de la conscience nationale. Ses travaux sont aujourd’hui largement consultés par les chercheurs, les étudiants et les passionnés d’histoire régionale, de traditions populaires et de mémoire de la colonisation.
C’est avec une grande disponibilité et une réelle générosité que Belkacem Ould Mokhtar Hadjail a accepté de répondre à notre questionnaire. Nous le remercions chaleureusement d’avoir partagé avec les lecteurs de la revue littéraire Tangalt son parcours, ses réflexions et sa passion pour l’histoire et le patrimoine algériens.

 Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs et nous parler du chercheur que vous êtes ?
Je m’appelle Belkacem Mokhtar Hadjail. Je suis né en 1947 à Mascara et j’ai exercé toute ma carrière dans l’Éducation nationale jusqu’à mon départ à la retraite en 2008.
Depuis lors, je consacre l’essentiel de mon temps à l’étude de l’histoire de l’Algérie, et plus particulièrement de celle de la région de Mascara. Les résultats de mes recherches, je les partage volontiers avec les lecteurs, sans aucune ambition matérielle. Ma seule motivation est de contribuer à une meilleure connaissance de notre passé et d’apporter ma modeste contribution à l’éducation historique de nos concitoyens.

Comment passe-t-on d’une passion pour les mathématiques à l’écriture et à la recherche historique ?
Les mathématiques m’ont appris la rigueur. Dans cette discipline, tout raisonnement doit conduire à une solution juste, claire et précise, en excluant toute considération subjective.
L’écriture historique, même si elle laisse davantage de place à la sensibilité du chercheur, exige la même discipline intellectuelle. Chaque information doit être vérifiée, confrontée aux sources et solidement étayée.
Lorsque j’écris, je veille donc scrupuleusement à fournir une information fiable, exacte et documentée. Finalement, le passage des mathématiques à la recherche historique s’est fait naturellement, presque sans que je m’en rende compte, tant les exigences de méthode sont proches.

Parmi les ouvrages que vous avez publiés figure L’Histoire de Mouaskar, une cité millénaire. D’où vous vient cette passion pour Mascara et sa région ?
Je suis convaincu que l’histoire de l’Algérie est la somme de l’histoire de toutes ses régions, de toutes ses villes, de tous ses villages et de tous ses douars. Mieux connaître chacune de ces composantes permet de mieux comprendre notre histoire nationale.
La région de Mascara occupe une place exceptionnelle. Elle constitue l’un des plus anciens foyers de peuplement d’Afrique du Nord. À Tighennif, situé à une vingtaine de kilomètres de Mascara, des restes humains et des outils préhistoriques datant de plus d’un million d’années ont été découverts. La wilaya compte également de nombreux sites préhistoriques auxquels j’ai consacré un ouvrage.
L’histoire de Mascara est donc véritablement millénaire. Des générations d’hommes et de femmes en ont écrit les plus belles pages, notamment durant la résistance à la colonisation française et la guerre de Libération. Pourtant, beaucoup de ces épisodes demeurent méconnus. C’est cette mémoire que j’essaie, avec passion, de faire sortir de l’oubli.

Vous avez consacré plusieurs ouvrages et documentaires aux martyrs de la Révolution algérienne, notamment à Hamoum Mohand El Bachir. D’où vous vient cet intérêt et que souhaitez-vous transmettre à travers ces travaux ?
À la différence des mathématiques, l’histoire fait intervenir une dimension profondément humaine et personnelle.
J’ai vécu les dernières années du système colonial français et j’en garde des souvenirs douloureux. Avec le temps, mes recherches m’ont permis de mesurer l’ampleur des crimes commis durant cette période ainsi que les souffrances immenses endurées par notre peuple. L’étude de ces événements m’a profondément marqué ; un ouvrage consacré exclusivement aux crimes coloniaux m’a même conduit à une véritable dépression nerveuse.
Parmi les drames les plus bouleversants figurent ceux des familles de martyrs. Beaucoup de parents sont morts sans avoir revu leur fils ni connaître le lieu où il reposait.
L’histoire de Hamoum Mohand El Bachir illustre parfaitement cette tragédie. Originaire de Béjaïa, il est tombé au champ d’honneur dans la région de Saïda. Ses parents ont quitté ce monde sans savoir ce qu’il était devenu et sans pouvoir se recueillir sur sa tombe malgré leurs longues recherches.
Cette histoire témoigne également de l’unité du peuple algérien. Elle démontre l’échec de toutes les tentatives du colonisateur visant à le diviser.
À travers mes livres et mes documentaires, mon ambition est avant tout d’informer avec rigueur. Je souhaite également démontrer, preuves à l’appui, le caractère mensonger du discours colonial présentant la colonisation comme une prétendue œuvre de civilisation.

 Depuis quelque temps, vous vous intéressez au burnous de Mascara. Que représente pour vous ce vêtement traditionnel ? Quelles sont les particularités du burnous Zoughdani ?
Le vêtement constitue partout un marqueur identitaire. Le keffieh évoque immédiatement la Palestine, le kilt l’Écosse, le sari l’Inde.
En Algérie, c’est incontestablement le burnous qui joue ce rôle. Porté autrefois par les hommes comme par les femmes, les riches comme les modestes, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, il symbolise l’identité nationale.
Je parle ici du burnous traditionnel, entièrement confectionné à la main selon des techniques ancestrales.
Toutes les régions d’Algérie produisent leurs burnous, mais celui de Mascara, connu sous le nom de burnous Zoughdani, jouit d’une réputation particulière.
Cette renommée repose sur plusieurs facteurs : la qualité exceptionnelle de sa laine, le savoir-faire ancestral des femmes qui le tissent, la finesse des broderies réalisées par des artisans hautement qualifiés et l’élégance incomparable de ce vêtement.

En Kabylie, le burnous est le symbole de l’honneur et de la dignité. Comment expliquez-vous la place qu’il occupe dans notre patrimoine culturel ?
Les recherches historiques montrent que le burnous est présent sur le territoire de l’Algérie depuis plusieurs millénaires. Des représentations gravées sur les rochers du Constantinois témoignent déjà de son ancienneté.
Qu’il soit porté en Kabylie, à Mascara ou dans toute autre région du pays, le burnous véhicule partout les mêmes valeurs : l’honneur, la noblesse, le courage, le nif, la résistance à l’occupant, la sagesse, le savoir et le respect.
Pour certains, il possède même une dimension sacrée.
Hocine Aït Ahmed rapporte d’ailleurs, dans ses mémoires, que Cheikh Mohand avait publiquement lavé le pan de son burnous après qu’un administrateur colonial français l’eut simplement effleuré. Ce geste illustre parfaitement la valeur symbolique attachée à ce vêtement.
Depuis des siècles, le burnous accompagne les grandes figures de notre histoire : les rois de l’Algérie antique, les chefs de la résistance populaire, les savants, les cheikhs des mosquées et des zaouïas.

Vos ouvrages sont-ils distribués en Kabylie ? Où les lecteurs peuvent-ils se les procurer ?
J’ai écrit près d’une quarantaine d’ouvrages. Trois seulement ont été publiés en Algérie. J’ai tenu à ce qu’ils soient distribués gratuitement en cédant mes droits d’auteur.
Le premier est consacré au chahid Mekkioui Mamoun. Son édition a été financée par un bienfaiteur, et la famille du martyr, représentée par M. Mekkioui Mokhtar, peut encore en fournir quelques exemplaires.
Les deux autres portent sur Benian (Tiguit), l’un en français et l’autre en arabe. Leur publication a été assurée par l’association culturelle Toumiette, présidée par M. Benzaikh Miloud, à laquelle j’ai également cédé mes droits.
Par ailleurs, un extrait de l’une de mes recherches intitulée Aïn Bent El Soltane de Mascara figure depuis plusieurs années dans le manuel de français de deuxième année moyenne publié par le ministère de l’Éducation nationale.

Quel sera votre mot de la fin à l’intention des lecteurs de Tangalt ?
Je remercie chaleureusement Tangalt pour l’intérêt qu’elle porte à l’histoire de notre pays et pour m’avoir donné l’occasion de m’exprimer dans ses colonnes.
Au fil de mes recherches, j’ai découvert une réalité qui ne cesse de me toucher : plus je connais l’histoire de l’Algérie, plus je suis fier de nos ancêtres et plus je mesure la grandeur de notre pays. Je voudrais donc adresser ce message à vos lecteurs :
Apprenez l’histoire de votre pays. Plus vous la connaîtrez, plus vous serez fiers de votre identité et de votre héritage.