Le style de MISTRAL se caractérise par une recherche d’équilibre entre le souffle de l’épopée, telle qu’elle était pratiquée par un Homère ou un Virgile, et le lyrisme de la poésie et de la chanson populaires. Le registre épique se retrouve dans la dimension mythologique que prend le quotidien de la vie provençale. Ainsi des personnages simples (un berger, un artisan, un laboureur) deviennent de véritables héros antiques. Le registre lyrique, quant à lui, irrigue constamment la description de la nature provençale dans ses multiples facettes (faune, flore, météorologie…)
Dans les cinq poèmes qui suivent et qui sont tirés de Mireille et Les Iles d’or, notre poète chante l’amour et la beauté de sa Provence. Les pièces poétiques de Mistral obéissent à une métrique et un schéma de rimes particuliers qui ne se retrouvent pas dans la version française livrée par Mistral lui-même. Cela dit, il conservait souvent l’ordre des mots du provençal, soumettant ainsi le français aux règles syntaxiques de sa langue maternelle.
Notre propre traduction en kabyle s’appuie sur cette version française. Dans notre version kabyle, nous nous sommes efforcé de trouver un équilibre entre les optiques cibliste et sourciste pour rester fidèle au texte de départ et faire en sorte que le texte d’arrivée soit le plus fluide possible.
- Magali
En provençal :
O Magali ma tant amado,
Mete la testo au fenestroun !
Escouto un pauc aquelo aubado
De tambourin e de viouloun.
Ei plen d’estello, aperamount !
L’auro es toumbado,
Mai lis estello paliroun,
En te vesant tant bounito !
En français :
Ô Magali, ma tant aimée, mets la tête à la fenêtre !
Ecoute un peu cette aubade
De tambourin et de violon.
C’est plein d’étoiles là-haut !
L’alizé est tombé,
Mais les étoiles pâliront
En te voyant tant jolie !
En kabyle :
Magali, a tin ḥemmleɣ,
Sken-d udem-im seg ṭṭaq !
Sel-as-d i ccna n tfejrit
S ubendayer d uvyulu.
Igenni, cebbḥent yitran !
Abeḥri, ur d-iqqim lateṛ-is,
Itran deg yigenni ad asmen
Deg ccbaḥa-m yettfeǧǧiǧen !
- Le chant du Midi
En français :
Mon pays est un beau jardin,
Où la mer bleue embrasse le rivage.
Le vent danse le matin
Dans les branches du vieux bocage.
Ici le ciel est toujours clair,
Les collines sentent le thym,
Et la liberté flotte dans l’air,
Du soir jusqu’au matin.
En kabyle : Ccna n wunẓul
Tamurt-iw tibḥirt yifen tebḥirin,
D tayri n yilel d teftisin.
Tanezzayt aḍu yettefriwis
Ger tseḍwa n yisekla.
D azedgan yezga yigenni-s,
Tafenda n zzeɛteṛ f tɣalltin-is,
Deg uzwu tettlawaḥ tlelli,
Seg tmeddit ar tnezzayt.
- Ô soleil
En français :
Ô soleil, viens, ô soleil du Midi !
Chasse l’ombre, chasse le froid,
Viens faire mûrir l’olive sur l’arbre,
Et faire chanter la cigale dans le bois.
Tu donnes la joie à la terre,
Tu donnes la vie aux fleurs,
Brille fort, ô beau mystère,
Et réchauffe tous les cœurs.
En kabyle : Ay iṭij
Iṭij n yizilan, jbu-d !
Tqecɛeḍ taguyt d usemmiḍ,
Wwet ad yeww uzemmur,
Wwet yewwet weṛǧeǧǧin.
Sers-d tumert ɣef tmurt
Tefkeḍ tudert i uzeǧǧig,
Wwet, iqsiḥ, ay ucbiḥ,
Ulawen ad ten-iffeɣ usemmiḍ.
- Le soleil
En provençal : Lou soulèu
Lou soulèu me fai canta
Et lou vènt me fai sourrire
Lou roussignou dins lou bos
M’apren a bèn dire
Tout ço que vese es bèu
Tout ço qu’ausisse encanto
E moun cor coume un aucèu
Vers Diéu s’envou e canto
En français :
Le soleil me fait chanter
Et le vent me fait sourire
Le rossignol dans le bois
M’apprend à bien dire
Tout ce que je vois est beau
Tout ce que j’entends enchante
Et mon cœur comme un oiseau
Vers Dieu s’envole et chante
En kabyle : Iṭij
Ma d iṭij aql-i cennuɣ
Ma d aḍu aql-i cmumḥeɣ
Ifrax deg yisekla icennun
Slemden-i awal ẓiden
Ayen akw ttwaliɣ yecbeḥ
Ayen akw mi selleɣ ittseḥḥir
Ul-inu ha-t am ufrux
S ccna ar Bab-is yettferfir
- L’oiselet
En français :
Oiselet qui chante sur la branche,
Si tu savais ce que dit le ruisseau,
Tu chanterais encore plus haut !
Tu chanterais la vie et la lumière,
Le soleil qui se lève sur la terre,
Et le bonheur d’être libre et beau.
En kabyle :
Ay afrux
Afrux ɣef tciṭa icennun,
Mer teẓriḍ ayen d-ittcewwiq wasif,
Ccna-k ad yaweḍ igenwan !
Ad tecnuḍ tudert d tafat,
Iṭij yeḍwan timura,
Tahuski tilelli tumert.