Ce qui se mijote dans les arcanes du ministère de l’Éducation nationale depuis le « départ » de Benghebrit n’est pas une simple mise à jour des programmes scolaires. Les idéologues ayant pris les commandes, et sauf un éveil salutaire de l’État, l’école va droit au désastre.
Première cible idéologique, ce butin de guerre qui a donné vie et s’est imposé à la littérature universelle : Nedjma, La colline oubliée, Les vertueux, Le fils du pauvre, Le fleuve détourné… Cette langue qui avait éveillé les consciences de ces ouvriers qui avaient donné vie à l’Étoile Nord-Africaine et, plus tard, « signera » la proclamation du 1er Novembre. C’est toute cette histoire, ce patrimoine, cet héritage linguistique que l’inconscience veut sacrifier au profit d’un anglicisme de façade. L’anglais, se justifie-t-on, luɣatu ɛilm (langue de la science). Expliquez-nous donc dans quelle langue a été formée cette élite qui, aujourd’hui, est rentabilisée par d’autres pays ? La caste des bien-pensants refuse d’admettre que la francophonie est un pont clé en main vers un espace de savoir immense. L’anglais aussi. Sauf que l’anglais n’est pas prêt à l’emploi et qu’il faudrait attendre un demi-siècle pour y arriver, si toutefois son enseignement ne se fait pas dans la précipitation et n’emprunte pas les chemins tortueux. Telle qu’annoncée, la stratégie n’obéit qu’à la seule perspective de se débarrasser du français, cette langue du colonisateur, et de lui substituer l’anglais, cette langue qui, serait-on en droit de rétorquer aux idéologues, avait pourtant largement « participé » à la création de… l’État d’Israël. Droit vers le linguicide, tout au moins un baragouinisme trilingue (dixit Pr Abderazak Dourari).
Tamazight, langue officielle en option
Tamazight a beau être reconnu langue nationale et officielle, son enseignement demeure facultatif et n’est toujours pas généralisé. Quant à en faire une langue d’enseignement… ur tt-id yewwi ara umeddaḥ di teqsiṭ (on n’y songe même pas). Ainsi, tamazight, cette langue première de beaucoup d’Algériens, reléguée à une portion insignifiante dans l’éducation nationale. Là où on impose l’anglais, on tolère tamazight.
Cette double exclusion nous coupe d’une mémoire et d’une culture vivantes. En ne faisant pas de tamazight une langue à part entière, on fragilise un pilier de la nation. L’Algérie ne gagnera pas son pari sur l’avenir en jetant aux oubliettes ses héritages linguistiques. Ce n’est pas de la politique linguistique, c’est un renoncement.
Tahar Ould Amar