Ce feuilleton du ramadhan 2026, autant que « Mi ara ɣaben wussan » (scénario de Hakim Guemroud – réalisé par Mohamed Haddadi) et tous ceux des années passées, a suscité beaucoup de commentaires constructifs sur les réseaux sociaux et dans les journaux. Nombre de cinéphiles, d’amateurs et de profanes y ont partagé leurs lectures, voire leurs attentes ou leurs interrogations. Ce qui est le comportement d’un public assidu qui a vécu les épisodes dans l’ordre proposé, et je ne doute point que des échanges en ont aussi fusé dans les familles, les cafés et la rue.

C’est une mosaïque de belles scènes, de magnifiques paysages et de beaux costumes ; et je dirais de même de la synchronisation des transitions entre les plans. Le feuilleton « Tawenza n lḥif » est achevé après vingt-sept épisodes, dont les avant-derniers me semblaient trop lents ; quelques séquences de dialogues se répétaient et s’étiraient à la limite de l’ennui, souvent fades et prévisibles, donc moins convaincantes, voire des stéréotypes sans suspens. Aussi, depuis que Taninna avait rejoint son cousin en ville et que Zohra était allée chez ses parents, on n’y voyait que rarement la ruralité… Ceci dit, la sortie devant le théâtre était d’autant plus précipitée que la sortie de Said et Taninna de chez le juge était lente. La « tentative d’assassinat » de Djidji n’étant pas claire dans cette mêlée, le spectateur ne comprend pas s’il s’agissait d’un accident ou bien si elle était visée pour venger l’amour-propre de Lynda. Par contre, le gros plan sur la main de Taninna s’agrippant au bras de Said était des plus émouvants… J’ose espérer qu’il y aura une seconde saison, vu que certains plans sont restés sans issue, inachevés dirais-je…

Sur le plan littéraire et linguistique, la théâtralité du texte, en général, nous a fait voyager et nous a tenus en haleine entre les épisodes successifs. Des séquences, textuelles et gestuelles, nous ont fait rire ou pleurer, car elles nous ont rappelé des moments vécus, des souvenirs tellement forts que la technique audiovisuelle n’en a en rien diminué leur authenticité. Sans douter des compétences de Sidali Nait Kaci, ni de l’équipe technique, ni de l’engagement des acteurs et des actrices, franchement, je m’attendais à mieux : un texte accrocheur, une langue forte et une diction plus soignée. En général, même d’autres productions cinématographiques en souffrent, le spectateur averti constate des erreurs d’orthographe, de conjugaison ou dans l’expression, lesquelles pourraient être corrigées et reprises en voix-off à tout moment… de la vie d’un film.
Toujours est-il que, si beaucoup d’habitué(e)s de l’écran se sont donné corps et âme, j’ai constaté que quelques séquences du scénario étaient remplies de clichés ou de gestuelle exagérée ; certains acteurs n’arrivent pas à exprimer la spontanéité des répliques et attendent à tour de rôle, saccadés, comme au théâtre, d’autres encore réfléchissent à haute voix « inutilement »… Un des acteurs m’a confié que « Cela est dû à deux facteurs : l’inexistence d’un répétiteur et d’un dialoguiste, et le manque de maîtrise des nuances de la langue kabyle. La multiplicité des accents aussi y est pour beaucoup ». Il a mentionné aussi que « l’on n’arrive pas à sortir du réflexe radiophonique. … Nous sommes tout le temps obligés de justifier une scène par le dialogue. Par exemple : quelqu’un frappe à la porte. On montre un personnage se lever pour aller ouvrir. Il ne s’empêche pas de rajouter : « ad nṛuḥ ad d-neldi tawwurt… ». Un (autre) acteur frappe à la porte plusieurs fois et personne n’ouvre. C’est évident qu’il n’y a personne ou alors on ne veut pas ouvrir. Il rajoute une couche : « waqila ulac-iten ». Le spectateur peut, certes, bien faire sa lecture visuelle et l’interpréter…
Pour améliorer la qualité des scénarios et corriger les quelques anomalies, la GRANDE famille du cinéma doit accepter la critique, écouter les consommateurs de films et les spécialistes de l’audiovisuel, de la langue, les anthropologues, les sociologues et les psychologues… Pourquoi ne pas créer l’école du scénario et de l’audiovisuel, de la gestuelle, de l’expression… et même des villages de tournage pour mieux servir le cinéma ? Et aussi redynamiser les ciné-clubs et les vulgariser.
Sur un autre registre, je suis contre l’uniformisation de la langue du cinéma ou de la rendre artificielle ; quelle qu’elle soit, elle amputerait la langue vivante de beaucoup de nuances. Par contre, l’authenticité du registre de la langue dans un rôle est très importante. L’exemple de l’inspecteur Tahar et l’apprenti : leurs prestations ont toujours été authentiques ; autant que d’autres acteurs plus ou moins récents : Si El-Mekhlouf, Rouiched, Ouardia, Kaci Tizi-Ouzou, El-hadj Lakhdar, Soltan Achour 10 et Nouri…
Ceci m’amène à cette conclusion importante : à mon sens, il est primordial de relancer la formation CONTINUE des artistes-acteurs, des scénaristes, des réalisateurs, des cameramans… de laquelle toute la famille du cinéma doit bénéficier. Pour ce faire, les ministères (de la culture, du tourisme, de l’enseignement supérieur…) et les établissements des arts dramatiques et visuels disposent déjà des budgets et du cadre officiel. MAIS cela n’empêche en rien que les hommes et les femmes de terrain puissent s’organiser à leur échelle pour prendre part à des formations régulières à thèmes ciblés, à des échanges entre scénaristes, à des stages, à des cafés-clubs… Je souhaite que ces quelques mots arrivent à faire avancer les choses.
Un humble consommateur de films de chez nous.

Scénario : Sidali Nait Kaci
Réalisation : Mehdi Tsabbast (2026)

Nnaser Uqemmum