Beaucoup de monde sur le perron du Paradis pour t’accueillir avec des sourires aussi beaux et vrais que le tien : Chakib, ton frère, tes parents, des personnes qui avaient ennobli tajmeɛt de ton village et d’autres visages d’ange. Voilà qu’une dame s’approche. On lui cède le passage et elle s’arrête à la tête du comité d’accueil. « Viens à côté de moi nna Faḍma », l’invite ton fils Chakib. « Et comment ! je veux être la première à embrasser mon autre Lmuhub », lui répond Fadma At Mansour.

Ahmed Ait-Bachir – Crédit photo : Nasser Yanat
À « ici-bas », c’est l’abattement depuis ton envol. Facebook est dans tous ses états. Il est devenu une véritable tajmaεt où l’on dit combien on t’aime et où l’on témoigne de ta kabylité. Oui, tu as beau habiter, malgré toi, Paris, la Kabylie habite ton cœur. Toi qui travailles en silence et affectionnes la discrétion, tu viens d’être porté sur le devant de la scène. En fait, ce sont ton courage, ta kabylité et ta générosité qui parlent pour toi.
Ceux qui te connaissent savent que la vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour toi. C’est ce qui explique aussi l’aboutissement de « Tudert-iw ». La disparition de ceux que tu aimes a encore davantage compliqué ton existence, mais tu n’as jamais cédé. Debout, tu tenais la route. C’est ce courage que l’on te reconnaît.
Ce courage, tu le tires de ta kabylité. Pas celle des clans, ni celle du « pouvoir assassin », ni même celle du « ad nerrez ur nkennu ». C’est celle de la tajmaɛt de ton village, celle de ton ami Bouhou, celle de la dignité ; celle qui t’a accompagné pour écrire « Tidak n tejmeɛt », celle qui habite ton cœur.
« Heureux celui qui recevra ton cœur », a écrit Uli Rodhe sur sa page en apprenant que tu avais fait don de tes organes. Ta générosité s’était déjà manifestée lors des incendies dévastateurs en Kabylie, quand tu avais mis ta demeure à la disposition des nécessiteux. Tes élans de solidarité sont innombrables et, surtout, authentiques. Tu étais généreux, mais d’une générosité sans ostentation. Comment, alors, ne pas t’aimer !
Un souhait : regarder la Kabylie avec tes yeux et l’écouter avec ton cœur.
Au fait, j’ai reçu « Tidak n tejmeɛt » jeudi dernier, le jour même où l’on t’accueillait au paradis.
Tahar Ould Amar