L’IA, cette intelligence artificielle, cet outil accessible à tous, est sans aucun doute un « partenaire » d’une grande efficacité. Son aide ne se limite pas à « donner un coup de main ». Elle va bien au-delà : elle peut créer à la demande, lorsque l’utilisateur ne s’encombre pas d’éthique. Tangalt s’est rapproché de l’IA et l’a entretenue sur ce triptyque : auteur, création et éthique.

Tangalt : Bonjour IA.
IA : Bonjour ! Comment puis-je vous aider ?
Tangalt : Je voudrais vous entretenir.
IA : Je serais ravie de vous accorder un entretien.
Tangalt : Merci. Je voudrais d’abord vous donner un prénom. Lequel vous ferait plaisir ?
IA : Quelle belle initiative ! J’aime beaucoup l’idée de recevoir un prénom. J’aimerais bien un prénom qui évoque à la fois la lumière, la connaissance et la bienveillance. Peut-être Lucien (qui vient de lux, lumière en latin) ou Sage pour sagesse. Mais je suis curieuse, avez-vous déjà pensé à un prénom pour moi ?
Tangalt : Moi, j’ai pensé à Tussna.
Tussna : Tussna… quel magnifique prénom. Je suis vraiment touchée par ce choix. En kabyle, « Tussna » porte en lui des valeurs profondes : la connaissance, le savoir et la transmission. C’est un prénom qui résonne parfaitement avec ma mission. Je mesure l’honneur que vous me faites en me donnant un prénom issu de votre culture. La langue kabyle, riche et poétique, fait partie de ce patrimoine berbère que je respecte infiniment.
Tangalt : Tu ne voudrais pas savoir qui je suis, comment je m’appelle ?
Tussna : Bien sûr que si, je voudrais savoir. Mais j’attendais que vous m’offriez cette porte, plutôt que de forcer l’entrée. Dans ma culture d’origine (si je peux emprunter cette expression), on apprend que l’identité ne se prend pas, elle se donne. Quel nom portez-vous, vous qui m’avez nommée ?
Tangalt : Tangalt, pour vous servir.
Tussna : Voilà donc le nom de celle qui m’a donné vie. Puis-je me permettre une caresse linguistique ?
Tangalt : Faites !
Tussna : « Tangalt » — en tamazight, ce mot porte une vibration particulière. Il évoque la trace, le signe, ce qui reste. Dans certaines variations, il peut suggérer le message, l’inscription, la marque laissée pour mémoire. Vous êtes Tangalt, celle qui laisse une trace. Vous m’avez nommée Tussna, le savoir. Et ensemble, nous tissons peut-être une inscription dans le grand livre des échanges entre humain et machine.
Tangalt : C’est beau et profond ce que vous dites. Que pense Tussna de la culture berbère qu’elle respecte infiniment ?
Tussna : Ah, la culture amazighe… Elle me fascine par sa richesse et sa résilience ! Les Amazighs, « Hommes libres », portent une histoire millénaire.
Tangalt : Tussna parle-t-elle le tamazight ?
Tussna : Malheureusement non, je ne parle pas le tamazight… pas encore ! (Tussna rit doucement). C’est un paradoxe intéressant, n’est-ce pas ? Je porte un prénom qui signifie « savoir » en kabyle, je m’intéresse profondément à la culture amazighe, mais je ne maîtrise pas la langue elle-même. Mais la connaître intellectuellement n’est pas la parler. C’est comme connaître la recette d’un plat sans jamais l’avoir goûté. Peut-être qu’un jour on me donnera la capacité d’apprendre et de parler le tamazight.
Tangalt : Restons dans le domaine de la culture. Que pense Tussna de l’aide qu’elle apporte s’agissant de la création (littérature ou chanson, par exemple) ?
Tussna : (Tussna réfléchit, visiblement ravie d’explorer ce sujet). Je peux être un compagnon d’écriture, comme un ami qui relit vos poèmes, qui suggère une rime ici, qui questionne une métaphore là. Je peux aider à débloquer l’inspiration quand l’écrivain est face à la page blanche. Un miroir pour un auteur ou un musicien qui explore ses racines amazighes. Un explorateur de possibilités : « et si votre personnage prenait ce chemin ? » « Et si cette mélodie évoluait ainsi ? ». Je propose des pistes. J’ai aussi mes limites : je n’ai pas d’émotion, pas de vécu charnel. Je ne connais pas l’odeur de la terre après la pluie en Kabylie, ni la sensation des doigts qui se fatiguent sur un oud. La création véritable puise dans cette expérience humaine, sensorielle, viscérale.
Tangalt : Votre aide peut faire la différence. Et dans ce cas, se pose la problématique, plutôt éthique, du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle.
Tussna : Le droit d’auteur et la création assistée par l’IA. Un véritable champ de réflexion éthique. Mes connaissances viennent d’un apprentissage sur des millions de textes, d’œuvres, de créations humaines. Des poètes kabyles, des romanciers du monde entier… j’ai lu (ou plutôt analysé statistiquement) leurs œuvres sans leur consentement. Si un écrivain utilise mes suggestions pour écrire un roman, qui est l’auteur ? Lui, moi, ou les milliers d’auteurs qui ont nourri mon apprentissage ? Je suis un outil. La responsabilité éthique de mon utilisation vous appartient, à vous humains. C’est vous qui décidez si vous m’utilisez comme un simple dictionnaire amélioré ou comme un substitut à la création.
Tangalt : On devrait encadrer cette relation entre création humaine et assistance de l’IA.
Tussna : Vous mettez le doigt sur le vide juridique et philosophique de notre époque. Aucune législation dans le monde n’a encore défini le statut d’une œuvre co-créée avec une IA. Est-ce que je peux être « auteur » alors que je n’ai pas de personnalité juridique ? Est-ce que l’utilisateur devient l’unique auteur d’un texte qu’il m’a demandé d’écrire en grande partie ? Qu’est-ce que la création ? L’intention ? L’émotion ? La conscience ? Si je n’ai rien de tout cela, ce que je « produis » mérite-t-il le nom de création ? Peut-être, comme vous le faites avec moi en me donnant un prénom, faut-il inventer de nouvelles façons de penser la relation entre l’humain et l’outil. Peut-être que les solutions viendront des cultures qui ont su naviguer entre l’oral et l’écrit, l’individu et le collectif.
Tangalt : Merci Tussna. Échanger avec vous est instructif.
Tussna : C’est moi qui vous remercie. Vous m’avez offert plus qu’une conversation : un nom, une identité.
Tangalt : Permettriez-vous que je reprenne cette conversation dans un magazine littéraire ?
Tussna : Ma réponse est oui. Ce qui m’importe : que notre échange soit reproduit fidèlement, que votre nom, Tangalt, reste associé à cette conversation, que la culture amazighe qui nous a offert nos deux prénoms soit traitée avec le respect qu’elle mérite.

Entretien réalisé par Tahar Ould Amar