Qu’en est-il de Yelli-s n uqettal ? Si, globalement, j’ai été happé par le récit, par l’intensité dramatique de certaines situations, en revanche, certains dialogues, par leur manque d’originalité, certaines séquences, n’ont pas réussi à conquérir mon cœur de lecteur car elles donnent dans une sentimentalité – trop de sentiment tue le sentiment – qui confine à la sensiblerie et à la mièvrerie, comme dans ce passage où est évoqué l’amour entre Eléna et l’avocat :
« Ussan akka yesduklen Gaya d Eléna fkan-asen tagnit ad myussanen ugar…s lḥir d ccuq » (p.99).
Zohra AOUDIA, une autrice à succès
Née à Iferhounen (ex-Michelet) en 1982, Zohra AOUDIA est titulaire d’un Master en linguistique obtenu à l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi-Ouzou. Elle enseigne tamazight dans cette même ville, au Lycée ABANE Ramdane.
Elle a à son actifs deux autres romans : Tiziri (Achab, 2021 ; Talsa, 2023) et Tadist ittwaneɛlen (Imtidad, 2023).
C’est pour son troisième roman (Talsa Editions, 2024) qu’elle reçoit le Prix Mohand-Akli HADDADOU du Roman lors de l’Edition 2025 de l’Agora du Livre de Chemini – At Weɣlis, récompense amplement méritée quand bien même j’aurais quelques petites réserves sur la forme et le style que je formulerai plus bas.
Avant d’entrer dans l’analyse proprement dite de l’œuvre, commençons par en présenter les personnages.
PERSONNAGES
Ceux de France
Eléna : Personnage central. Née prématurée, elle fera preuve d’une grande force de caractère, devenant musicienne puis cheffe d’orchestre mondialement reconnue.
David Dupont : Son père. Une force de la nature doublée d’une intelligence exceptionnelle. Ce schizophrène deviendra un serial killer.
Magdouda : Mère d’Eléna. Elle rencontre David Dupont alors qu’elle est étudiante. Rejetée par sa famille après le mariage.
Mohand-Said Azzouz : Père de David. Ce modeste boulanger finira par abandonner le domicile conjugal suite aux agissements de son épouse.
Mère de David : Cette infirmière normande est une épouse et une mère terrible.
Grands-parents maternels de David : Ils s’occupent du petit à l’adolescence.
Ceux d’Oran
Tassadit : Sœur de Magdouda qu’elle accueille avec sa fille à Oran.
Nacer : Mari de Tasssadit. Le couple est sans enfants.
Un imam : Installe Magdouda dans un studio aux abords de la Mosquée.
Hacène : Patron et second époux de Magdouda.
Lynda : Co-détenue et soutien d’Eléna. A tué son mari. Lesbienne.
TayMor : Autre détenue, cheffe de la bande des « Tibwayutin »
Le Directeur de la prison
Ceux de Tizi-Ouzou
Gaya Azzouz : Cet avocat, fan d’Eléna sur les réseaux sociaux, est amoureux de la musicienne.
Malika : Enseignante de tamazight, originaire de Sétif. Sera secourue par Eléna mais se révèlera une ennemie intime de cette dernière.
Le père de Malika : Un immigré machiste, intégriste et maniaque de la propreté. Mourra en exil.
UN ROMAN FAMILIAL
Oui, Yelli-s n uqettal (La Fille du tueur) est d’abord un roman familial ; le titre est on ne peut plus explicite à cet égard.
La fille, c’est Eléna. Ses parents sont Magdouda, une Kabyle, et David DUPONT, issu d’un mariage mixte.
Le cas Dupont
Attardons-nous sur le cas Dupont car c’est de lui que tout découle dans cette histoire poignante. La mère de David est originaire de Falaise, une petite ville normande. Elle y rencontre un certain Mohand-Said AZZOUZ (qui ne sera nommé, en réalité, qu’en fin de roman), boulanger de son état. Ils tombent amoureux et, trois mois plus tard, l’infirmière normande est enceinte. Elle songe d’abord à avorter mais devant l’enthousiasme du boulanger, elle décide finalement de garder l’enfant à condition que celui-ci porte son nom, à elle. Dupont, sinon rien !
Tout semble donc rentrer dans l’ordre mais l’accalmie devait être de courte durée. Une fois tous les deux installés chez l’infirmière, le couple va se déchirer à cause du comportement indigne de l’épouse. Véritable tyran domestique, multipliant les aventures extra-conjugales, elle finira par pousser Mohand-Said à quitter définitivement le domicile conjugal pour sa terre natale, non sans avoir auparavant accroché autour du cou de son fils une médaille contenant leurs deux photographies.
Ce choc fera du petit David un enfant violent et fugueur qui, à l’âge adulte, se muera en un tueur en série. En tuant des femmes, c’est à sa mère qu’il s’en prend indirectement avant de la tuer, elle aussi, pour de vrai, et de se donner la mort.
Le temps de l’errance
Ces faits motiveront un autre déplacement : Magdouda et sa fille Eléna vont fuir Marseille et la France où les familles des victimes et l’opinion publique les accusent de porter une part de responsabilité. Et c’est en Algérie, à Oran plus précisément, qu’elles rechercheront le salut, comme Mohand-Said à une autre époque. Retour du même.
Dans la capitale de l’Ouest, elles sont accueillies par Tassadit, la sœur de Magdouda, et Nacer, son mari. Ce dernier ne tarde pas à tourner autour d’Eléna, se montrant de plus en plus audacieux jusqu’au jour où l’adolescente en informe sa tante. Cette dernière, tenant à tout prix à sauver son couple, chasse Magdouda et sa fille.
Après moultes péripéties, Magdouda épouse le vieux Hacène, son patron. Ce dernier, ne résistant pas au charme de la jeune Eléna, se met à son tour à la harceler. Un jour, en cherchant à se défendre contre le vieux satyre, elle le tue accidentellement. Et c’est ainsi qu’elle se retrouve en prison, après avoir été rejetée par sa mère qui l’a toujours accusée d’être la responsable de ses malheurs. Notons que ce rapport problématique à la mère est déjà présent dans la relation entre David Dupont et sa propre génitrice.
UN ROMAN URBAIN
De Falaise, en Normandie, à Tizi-Ouzou, en Kabylie, en passant par Marseille et Oran, l’intrigue se déroule essentiellement en milieu urbain si l’on excepte les virées à Leɛzib, la ferme de la famille de Gaya Azzouz, non loin de Tizi-Ouzou.
Les parents d’Eléna se sont rencontrés et ont vécu à Marseille. Il travaillait dans une entreprise pharmaceutique ; elle était étudiante.
A Oran, Magdouda est employée dans un magasin tandis qu’Eléna étudie la musique à l’Institut Cervantès. Elle y connaîtra également la vie carcérale dont elle ne sortira que grâce à un admirateur, l’avocat Gaya Azzouz qui aussitôt l’emmène à Tizi-Ouzou. Dans cette grande ville kabyle, la jeune femme se reconstruit pour se hisser au rang de cheffe d’orchestre mondialement reconnue. Elle y connaîtra également l’amour avec l’avocat qui l’a sauvée.
UN ROMAN FEMINISTE
Comme dans ses deux premiers romans, Zohra Aoudia s’attaque à l’un des plus grands fléaux de notre monde et, singulièrement, du monde dit musulman : la situation faite aux femmes. Mais attention : le féminisme de notre autrice est nuancé. Si elle ne manque pas de dénoncer la violence masculine, elle n’en idéalise pas pour autant la femme.
C’est bien le harcèlement moral et sexuel que subit la jeune Eléna qui est au cœur de cette problématique. Cependant, la romancière a mis en scène nombre d’autres figures féminines qui sont loin d’inspirer la sympathie, autrement dit, des femmes terribles, mères, épouses ou « amies », allant jusqu’à faire dire à son héroïne que le principal ennemi de la femme, c’est bien la femme elle-même : « Aɛdaw n tmeṭṭut d tameṭṭut » (p. 150).
Deux grandes figures, donc, parfois cumulées par le même personnage : la femme-victime et la femme terrible.
- La femme-victime
Eléna subit à Oran, par deux fois, le harcèlement moral et sexuel de la part d’hommes censés protéger la jeune fille. Il y a d’abord Nacer, le mari de Tassadit, qui, au début, fait montre d’un comportement honorable en surface si bien que le lecteur pouvait l’envisager comme substitut paternel. C’est là l’un des signes de la perversité des prédateurs sexuels. Dans ces cas-là, la victime va s’enfermer en général dans le silence. Mais si Eléna ne parle pas dans un premier temps, ce n’est pas parce qu’elle serait tombée sous l’emprise de son agresseur, c’est d’abord en raison de la précarité de sa situation et de celle de sa mère, et parce qu’elle voulait éviter le scandale. Nacer était moins scrupuleux : tournant constamment autour d’elle, il passe des allusions sexuelles dans leurs discussions à des méthodes plus sordides, faisant du bruit lors des joutes sexuelles avec Tassadit afin d’appâter l’adolescente, lui coupant l’eau chaude alors qu’elle se trouve sous la douche pour l’amener à se déplacer dans le plus simple appareil et pouvoir ainsi jouir de sa nudité. Autre méthode : il laisse la porte de sa chambre entr’ouverte tandis qu’il est allongé, nu, dans son lit pour que la jeune musicienne, en passant, ait sous les yeux le spectacle de son sexe. Le scandale finira par éclater lorsque la jeune fille en informe sa tante, Tassadit l’accuse alors d’avoir provoqué son mari.
Chassées, la mère et la fille vont errer jusqu’à être placées dans un studio situé aux abords de la mosquée par un imam qui aura des relations sexuelles avec Magdouda. Nouveau scandale et voilà les deux femmes chez Hacène, le patron du magasin où travaille la mère, qui décide d’épouser sa vendeuse. Magdouda croit enfin avoir trouvé la stabilité et l’aisance ; c’était sans compter avec les appétits sexuels du vieux barbon qui rejoue le même comportement que celui de Nacer avec Eléna. Gentillesse de façade, attouchements puis tentative de viol au cours de laquelle Eléna se défend en le poussant et c’est l’accident : la gorge du vieux Hacène s’encastre dans le coin d’une table en verre et le rideau tombe sur sa vie de dépravé. Celle qui était promise à un bel avenir de musicienne se retrouve alors derrière les barreaux.
- Femmes terribles
La Normande
L’une des plus belles – si l’on peut dire – représentantes de cette catégorie est la mère de David Dupont. L’infirmière normande qui était tombée enceinte au début de sa relation avec Mohand-Said Azzouz refuse sa grossesse et envisage l’avortement avant de céder au désir du boulanger de garder l’enfant non sans avoir imposé au Kabyle une condition : que le bébé porte le nom de Dupont et non pas celui d’Azzouz. Avec la naissance de David, son comportement devient de plus en plus violent et méprisant envers son compagnon qu’elle délaisse aux profit d’autres hommes de son entourage. Ne supportant plus cette situation, l’homme décide de rentrer définitivement dans son pays natal. C’est bien le comportement de cette mère et épouse indigne qui fera de l’enfant un futur serial killer qui supprimera nombre de femmes innocentes avant le feu d’artifice final où il met fin aux jours de sa mère et se donne lui-même la mort.
La Kabyle
Une autre mère indigne : Magdouda qui épouse David, le fils de « Taṛumit » (la Française) par calcul. Elle projetait, par cette opération, d’obtenir ses papiers et s’émanciper des pesanteurs de la tradition kabyle. Mal lui en a pris : à la naissance de leur fille, David impose à Magdouda la vie de femme au foyer pour élever Eléna. Première désillusion mais ce n’était là qu’un début car bientôt le mari se met à assassiner des femmes dans la maison familiale jusqu’à l’épisode final que nous avons évoqué plus haut. Après la grande désillusion, Magdouda et sa fille se réfugient en Algérie (tout comme Mohand-Said Azzouz). A Oran, la mère tente de se reconstruire et, à chaque échec, elle accuse son adolescente de fille d’être la source de tous ses malheurs. Pire : lorsqu’Eléna tue accidentellement son agresseur et beau-père, Hacène, sa mère ne lui offre aucun soutien auprès de la justice, bien au contraire. Ce n’est qu’une fois au stade terminal du cancer dont elle souffrait qu’elle remet à l’avocat Gaya Azzouz les photos et vidéos que le vieux bouc prenait à l’insu de la jeune musicienne ainsi que les photos et vidéos qu’elle-même avait prises, montrant son mari s’adonnant à l’onanisme en fantasmant sur les dessous de la pauvre Eléna. Nous avons donc là une épouse d’abord frustrée par son mari qui la contraint à la vie de femme au foyer et une mère indigne rendant responsable de ses déboires sa fille dont le seul crime était d’être arrivée au monde dans le foyer d’un psychopathe. Magdouda est donc à la fois une femme-victime et une femme terrible.
La prisonnière
Après son incarcération à Oran, Eléna connaîtra l’amitié avec Lynda mais elle aura également maille à partir avec TayMor, l’ignominieuse cheffe de bande de « Tibwayutin » (les « voyoutes »), qui la passera à tabac et lui infligera des traitements dégradants mais dont la musicienne se vengera un jour de belle manière.
L’« amie »
Après Oran, Eléna connaîtra à Tizi-Ouzou une autre créature indigne qu’elle avait pourtant, un jour, tirée de la déchéance où elle était tombée. C’est Malika, l’enseignante de tamazight originaire de Sétif, que la frustration avait précipitée dans la dépression. Devenue boulimique, elle avait considérablement grossi. De surcroît, elle avait renoncé à l’hygiène la plus élémentaire. Secourue par Eléna, on s’attendrait à ce qu’elle soutienne moralement celle-ci après le départ de Gaya en Russie, ne lui donnant aucune nouvelle. Il n’en était rien, c’était au contraire l’occasion pour l’ignoble personnage d’accabler sa bienfaitrice, l’insultant, la traitant d’imbécile, de naïve, et lui rappelant sa condition de fille de tueur, ne méritant pas le bonheur, par conséquent. Comme Magdouda, Malika cumule les rôles de femme terrible et de femme-victime. En effet, dans sa jeunesse, elle avait été persécutée par son père, un immigré réactionnaire, maniaque de la propreté, qui l’avait obligée à porter le voile dès sa tendre enfance et lui avait interdit toute relation en dehors de l’école. Il revenait de France deux ou trois fois par an et se conduisait en véritable tyran domestique, châtiant l’enfant au moindre écart. Malika sera encore victime d’un autre homme, à Tizi-Ouzou, gardien à la Cité universitaire où elle résidait, qui la séduit pour l’abandonner à la fin.
Cette distribution des rôles donne à voir des situations complexes, fluctuantes, que la fiction romanesque permet d’appréhender, loin de la rigidité que suppose parfois la conceptualisation. Par ailleurs, les relations de cause à effet (femme-victime se muant en persécutrice), à l’œuvre dans cette fiction, ne sauraient être érigées au rang de lois psycho-sociales. En effet, une femme-victime peut le rester toute sa vie, devenir elle-même une persécutrice ou, à l’opposé, une bienfaitrice. De même, une femme terrible peut le rester toute sa vie comme elle peut devenir une victime à son tour ou, à l’opposé, une bienfaitrice.
ET LE STYLE DANS TOUT CELA ?
Peut-on faire de la bonne littérature avec de bons sentiments ? Voilà la question que l’on peut se poser en lisant des œuvres comme Yelli-s n uqettal, œuvres relevant de la catégorie des romans dits à thèse.
Je commencerai par les quelques remarques de forme et de style que j’ai mentionnées au début de cette chronique.
D’abord, la transcription : virgules manquantes ou mal placées (entre le sujet et le verbe), point d’interrogation en fin de phrases supposées interrogatives (p. 9 : « akken ad iwali amek neqqen iɣersiwen ? »), lettres manquantes ou en trop… Ces petites lacunes, petites mais récurrentes et donc gênantes pour la lecture, pourraient être comblées par une bonne relecture avant publication.
Le vocabulaire, ensuite : recours fréquent, pour ne pas dire systématique, aux emprunts à l’arabe ou au français : « lmuhim », « lpaṛtma », « laṭansyu », « yettismiḍ le fantasme »… C’est là qu’on en arrive à la question du réalisme en littérature, dont les choix lexicaux sont un indice parmi d’autres. Il faut dire que Zohra Aoudia assume sans ambages cette optique réaliste dans les interviews que nous pouvons lire à propos du roman que nous analysons aujourd’hui : elle veut témoigner de la situation des femmes et se faire la porte-parole de celles qui n’ont pas de voix en décrivant sans fard la réalité sociale telle qu’elle est vécue ou observée. C’est cette même optique qui lui fait employer ce qu’on appelle des mots « tabous » référant à des réalités biologiques ou sexuelles, par exemple : « yettban-d wudem-is aḥeqqani, teffɣen-d yiẓẓan yellan deg-s » (p.12), « tiquḥbit n Nacer » (p.41), « aclul-is yeɛluleq » (p.43). Je n’ai aucune réserve à cet égard, les écrivains kabyles, hommes ou femmes, ayant le droit, à l’instar de tous les écrivains du monde, de recourir dans leurs œuvres à tous les registres de discours possibles et imaginables. S’il est difficile d’envisager, en contexte kabyle, l’emploi de mots crus dans une chanson destinée au grand public, en littérature, ce genre de vocabulaire est bien au chaud dans le silence ouaté de la page imprimée.
En revanche, j’aurais des réserves sur les passages supposés « poétiques » par le simple emploi de rimes internes : « Serwet a zzman bu tlufa… tama…tiseḍṣa…lmeḥna…nnuba… nensa… » (p.7) Ce genre de passage n’ajoute rien au texte sur le plan esthétique. De mon point de vue, on ne doit injecter de la poésie dans le roman que si cela peut apporter un supplément d’âme au récit. On peut le faire, à sa convenance, sous forme versifiée ou en prose, sachant que la prose poétique est d’abord affaire de rythme, de structures syntaxiques et d’images poétiques, la rime étant le degré zéro de la poésie, si l’on peut dire.
Revenons au réalisme : en recourant au réalisme « photographique » visant à décrire la réalité dans sa nudité, l’écrivain risque de tomber dans le trivial et la mièvrerie. La simplicité est difficile à conquérir. Souvenons-nous de Louis-Ferdinand Céline qui avouait qu’il transpirait beaucoup pour produire un bon texte dans le style oral qui lui est particulier. Idem pour le prix Nobel Annie Ernaux dont les textes semblent « trop faciles » alors qu’ils sont le résultat d’un grand travail littéraire. D’autres que moi pourraient citer, par exemple, dans la même veine, de grands auteurs américains.
Qu’en est-il de Yelli-s n uqettal ? Si, globalement, j’ai été happé par le récit, par l’intensité dramatique de certaines situations, en revanche, certains dialogues, par leur manque d’originalité, certaines séquences, n’ont pas réussi à conquérir mon cœur de lecteur car elles donnent dans une sentimentalité – trop de sentiment tue le sentiment – qui confine à la sensiblerie et à la mièvrerie, comme dans ce passage où est évoqué l’amour entre Eléna et l’avocat :
« Ussan akka yesduklen Gaya d Eléna fkan-asen tagnit ad myussanen ugar…s lḥir d ccuq » (p.99).
Naturellement, ces quelques remarques n’enlèvent rien aux talents de conteuse de notre autrice, à son engagement et à son courage ; elles n’enlèvent rien non plus à la force de ses personnages et des situations qu’elle décrit. Il est certain que Zohra Aoudia continuera de produire des œuvres fortes – dans la même veine ou dans des voies plus surprenantes – car, à l’image de son personnage central, c’est une femme puissante, pour reprendre une expression en vogue.
Par Yidir AMER