Nous poursuivons notre présentation des poètes nobélisés et il se trouve que le prix Nobel de littérature 2026 revient à une poétesse : la canadienne Anne CARSON… Mais revenons à CARDUCCI…
Prix Nobel de littérature en 1906, ce grand écrivain et critique littéraire a marqué profondément la culture italienne de son temps au point qu’on le surnomme « le Victor Hugo italien ».
Né en Toscane (région de Florence) en 1835, il passe une partie de sa jeunesse dans la Maremme dont la nature sauvage lui laissera un souvenir ébloui. Son père, médecin républicain et anticlérical, exercera sur le jeune Carducci une grande influence sur le plan politique.
Après des études de philologie et de littérature, il est nommé professeur de littérature à l’Université de Bologne. S’il est respecté en tant qu’intellectuel, c’est la poésie qui fera sa renommée. C’est ainsi qu’il acquiert peu à peu le statut de poète officiel (le vate) de l’Italie unie.
Sur le plan politique, après le républicanisme et l’anticléricalisme, il évolue vers le monarchisme et sera nommé sénateur du Royaume d’Italie en 1890. Dans les dernières années de sa vie, son état de santé se dégrade si bien que, dans l’impossibilité où il est de se rendre en Suède, le Prix Nobel lui est remis chez lui, à Bologne, ville où il décèdera une année plus tard, en 1907.
Son œuvre poétique connaît plusieurs périodes :
– La période classique avec, entre autres, le recueil Juvenilia (1850-1860) où se marque l’influence des modèles classiques (Horace et Virgile, grands poètes de l’Antiquité romaine) et ceux de la Renaissance.
– La période contestataire : L’Hymne à Satan (1863) est une provocation poétique pour l’époque, où Satan représente non pas le Mal mais le progrès scientifique, la liberté de pensée et la lutte contre l’obscurantisme.
– La période de maturité où il publie ses deux chefs-d’œuvre : Rimes nouvelles (Rime nuove, 1887) et Odes barbares (1877-1889). Dans le premier recueil, composé de pièces intimes et mélancoliques, Carducci évoque ses souvenirs d’enfance en Maremme, les paysages sauvages de cette région et la perte de ses proches, sa mère et son fils. Dans les Odes, il se livre à un exercice formel d’une grande exigence consistant à transposer la métrique de la poésie latine de l’Antiquité dans la langue italienne du 19ème siècle.
Du point de vue stylistique, notre poète s’inscrit contre le romantisme, rejetant la sensibilité larmoyante et optant pour le classicisme sur le plan formel (adaptation de la métrique classique à l’italien moderne, recherche de l’harmonie et de la clarté) et l’engagement civique et patriotique sur le plan thématique (célébration de la liberté et des gloires passées de l’Italie, lutte contre l’oppression).
TEXTES ET TRADUCTIONS
Pianto antico (Complainte)
Ce poème est l’un des plus célèbres et touchants de Carducci, écrit en mémoire de son fils Dante, mort à l’âge de trois ans.
Texte original (Italien)
L’albero a cui tendevi
la pargoletta mano,
il verde melograno
da’ bei vermigli fior,
nel muto orto solingo
rinverdì tutto or ora,
e giugno lo ristora
di luce e di calor.
Tu fior de la mia pianta
percossa e inaridita,
tu de l’inutil vita
estremo unico fior,
sei ne la terra fredda,
sei ne la terra negra;
né il sol più ti rallegra
né ti risveglia amor.
Traduction en français
L’arbre vers lequel tu tendais
ta petite main d’enfant,
le vert grenadier
aux belles fleurs vermeilles,
dans le jardin muet et solitaire
vient tout juste de verdir à nouveau,
et juin le régénère
de lumière et de chaleur.
Toi, fleur de ma plante
frappée et desséchée,
toi, de ma vie inutile
dernière et unique fleur,
tu es dans la terre froide,
tu es dans la terre noire ;
le soleil ne te réjouit plus,
et l’amour ne te réveille plus.
Traduction en kabyle :
Aql- ak a mmi deg wakal
Aseklu-nni iɣer tessendayeḍ
Tafusett-ik zik-nni
Taṛemmant-nni
Mm yizeǧǧigen ireqqen
Tuɣal-itt-id tizzegzewt
Deg wurtu i ɣef d-teɣli tsusmi
Tafat d uẓɣal n Yunyu
Rran-aɣ-tt-id ar tudert
Kečči d azeǧǧig n yimɣi-w
Yekkawen yezwi
Deg tudert-iw teǧǧa tiẓeḍt
Tegriḍ-d d azeǧǧig aneggaru
Aql-ak a mmi deg wakal
Akal semmḍen berriken
Fell-ak ur d-ittrus yiṭij
Tayri ur k-id-tessakay
San Martino (Saint-Martin)
Un poème classique qui dépeint l’atmosphère automnale d’un village en Toscane, mêlant la mélancolie du temps qui passe à la chaleur humaine.
Texte original (Italien)
La nebbia a gl’irti colli
piovigginando sale,
e sotto il maestrale
urla e biancheggia il mar ;
ma per le vie del borgo
dal ribollir de’ tini
va l’aspro odor de i vini
l’anime a rallegrar.
Gira su’ ceppi accesi
lo spiedo scoppiettando:
sta il cacciator fischiando
su l’uscio a rimirar
tra le rossastre nubi
stormi d’uccelli neri,
com’esuli pensieri,
nel vespro migrar.
Traduction en français
La brume sur les collines rudes
monte en bruinant,
et sous le mistral
la mer hurle et blanchit ;
mais par les rues du bourg,
du bouillonnement des cuves,
s’en va l’odeur âpre des vins
réjouir les âmes.
Tourne sur les souches allumées
la broche pétillante :
le chasseur siffle,
debout sur le seuil, à regarder
à travers les nuages roussâtres
des vols d’oiseaux noirs,
comme des pensées exilées,
migrer dans le soir.
Traduction en kabyle :
Agu yuli-d f tɣaltin
Agu yuli-d ɣef tɣaltin
S lehwa rqiqen yegla-d
Aḍu n ugafa yettṣuḍ
Ilel izehher ittkuffut
Mayella deg taddart-a
D tafenda n yiɣisem
I yettcalin deg yizenqan
Tzerreɛ tumert deg wul
Nnig n lkanun deg uxxam
Ikanifen ṭṭerḍiqen
Ma d aṣeyyad yettṣeffiṛ
Ibedd f umnaṛ ittmuqul
Ger yisigna uzwiɣen
Aglaf n yifrax berriken
Yettferfiren am tikta iguǧǧen
Tameddit n wass unagent
Lpari-Yerres, septembre 2026
Par Idir AMER