J’ai lu et entendu à plusieurs reprises que la critique doit être objective et doit être pratiquée par un personnel qualifié. Certaines voix recommandent même qu’il soit universitaire. Ces deux points de vue sont tellement discutables qu’ils s’avèrent infondés.
Ils sont discutables parce qu’ils ne font pas la distinction entre l’acte critique et l’acte analytique. Pour comprendre cette distinction, il y a lieu de remonter à l’étymologie du terme « critique ». Cette dernière se réfère à l’acte de juger. C’est-à-dire de formuler une réaction, car il s’agit bien de réaction, presque immédiate et sincère face à une lecture. Positive ou négative (elle peut aussi être mitigée), mais une réaction qui se veut être comme un sentiment ou une sensation exprimée suite à un goût de lecture, bon ou mauvais ou encore indécis.
La critique, comme jugement, est une relation. Cette dernière peut être de proximité ou d’éloignement, d’adhésion ou de réfutation, voire de compassion et d’amitié ou de détestation et d’adversité. C’est-à-dire, en essence comme au final, un acte subjectif. Un acte qui élit ou qui élimine. Un agissement personnel, chaque fois varié, mais notoirement unique. Unique, car il n’a pas d’ambition de généralisation ni de pouvoir sur les textes (déjà lus ou pas encore). La critique est un acte subjectif par excellence. Une déclaration d’alliance ou de divorce. Un jugement, un jugement franc.
Par contre, l’analyse littéraire est, elle, étude et positionnement épistémologique. C’est un acte notoirement réflexif qui demande distance et objectivité. Tout le contraire de la critique. Par ailleurs, l’ambition de l’analyse littéraire est l’explication, l’étude voire la généralisation de la lecture. Tout le contraire de la critique.
À un autre niveau, le texte (plus généralement la littérature) est pour l’analyse un corpus, un matériau à analyser, qui illustrerait un positionnement explicatif ou un point de vue théorique. Par contre, le texte est pour la critique le cœur battant qui fait vivre le corps qui réagit à ses battements.
Si l’analyse littéraire est nécessaire pour la visibilité et la compréhension de la littérature kabyle (amazighe), la critique l’est tout autant car elle instaure et consolide ce lien de socialité du texte. Et à ce titre, toute personne peut assumer le rôle de critique pourvu qu’elle soit véritablement lecteur. Car c’est dans la lecture et par la lecture, parfois désintéressée, que se joue l’existence de la littérature. L’analyse de la littérature intervient au second plan.
Alors lisons et critiquons notre littérature.
Mohand Akli Salhi